Afghanistan : la géographie, mère de l’histoire ? avec Michael Barry

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Afghanistan : la géographie, mère de l’histoire ?

Matthieu Garrigou-Lagrange

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« La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre », selon la formule maintes fois citée d’Yves Lacoste. C’est pourtant ce qu’ont peut-être oublié les armées occidentales en Afghanistan…

Un pays très montagneux, qui le rend difficile à pénétrer, et qui a compartimenté sa population par ethnies, entre les Pachtounes, les Ouzbeks et les Tadjiks, avec en son centre, l’Indou Koush, une chaîne de très hautes montagnes qui s’élèvent pour certaines à plus de 7000 mètres, et rend difficile la circulation d’un bout à l’autre du territoire…. Enclavé, sans accès à la mer, de par sa position géographique, l’Afghanistan est un carrefour où, à travers les siècles se sont mélangés des cultures helléniques, bouddhistes et arabes : frontalier du Pakistan (avec lequel il partage une frontière de 2430 kms), du Tadjikistan, de l’Iran, du Turkménistan, de l’Ouzbékistan, mais aussi de la Chine ; la route de la soie le traversait, favorisant les échanges culturels. Mais son déclin a appauvrit sa population et le pays s’est aussi trouvé sur la route des invasions…

Sur son territoire un peu plus grand que la France métropolitaine, l’un plus pauvres du monde, la population, particulièrement jeune, compte aujourd’hui environ 35 millions d’habitants. On estime qu’un tiers a quitté le territoire depuis 1979, ce qui fait de l’Afghanistan le pays qui connaît le plus haut taux de migration et le plus grand nombre de réfugiés à l’échelle mondiale.

C’est donc à l’aune de ses déterminants géographiques que nous allons aborder ce pays, avec nos deux invités :

Michael Barry, écrivain américain, spécialiste de l’art islamique, il a enseigné au département d’étude proches-orientales de l’Université de Princeton. Humanitaire en Afghanistan, il est l’auteur notamment de Massoud, De l’islamisme à la liberté aux Editions Louis Audibert (pour lequel il reçut le prix Femina essai en 2002), Le Royaume de l’insolence (Flammarion) et récemment de Le cri afghan (Editions L’Asiathèque)

Firouzeh Nahavandy, sociologue, belge d’origine iranienne, professeur émérite de l’Université libre de Bruxelles où elle dirige le centre d’études de la coopération internationale et du développement, et l’institut de sociologie. Spécialiste des pays musulmans non-arabes, en particulier de l’Afghanistan, de l’Iran et de la Turquie, elle est l’auteure notamment de *Afghanistan *(de Boecke éditeur).

La carte du territoire

L'Afghanistan : un pays enclavé et difficile d'accès...
L’Afghanistan : un pays enclavé et difficile d’accès…

« L’Afghanistan est un pays enclavé, c’est-à-dire sans aucune ouverture vers la mer, et en conséquence il est et a été tributaire de ses voisins pour les contacts avec l’extérieur. L’Afghanistan a été un lieu de passage obligé dès l’Antiquité, puisque la région dans laquelle il se situe – l’Afghanistan a été créé en 1747 – est à la croisée des chemins, coincée entre le monde indien et le monde centre-asiatique et iranien. Tous les grands conquérants qui voulaient arriver jusqu’en Inde sont passés par-là : Cyrus le Grand, Alexandre le Grand, Gengis Khan, de même à l’opposé les empereurs qui voulaient repousser leurs frontières plus loin vers l’ouest, comme l’empereur Ashoka. Bien malgré lui, l’Afghanistan s’est ensuite retrouvé coincé entre la Russie et la Grande-Bretagne coloniale, et ces deux puissances XIXème siècle se sont menées une guerre hégémonique où l’Afghanistan – comme d’ailleurs l’Iran – étaient des états tampons qu’elles utilisaient à leur guise... »

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