Afghanistan 2025 : Une matrice terroriste en expansion

La main cachée des talibans dans l’expansion de l’État islamique du Khorasan
Depuis quatre ans, les talibans s’efforcent de construire un récit qui les présenterait comme un rempart contre l’État islamique du Khorasan (EI-K). À force de conférences, d’interviews et d’un storytelling savamment répété, ils ont imposé à une partie de l’opinion internationale l’idée qu’ils seraient confrontés à une menace venue de l’extérieur, en particulier du Pakistan. Or les données de terrain, collectées par Bazgasht News et confirmées par de multiples sources régionales, renversent totalement cette version : les noyaux les plus actifs de l’EI-K ont prospéré non pas malgré les talibans, mais au cœur même de leur appareil sécuritaire et dans les zones qu’ils contrôlent.
Un sanctuaire interne, non une infiltration extérieure
Le rapport de Bazgasht News montre que les principaux centres de recrutement, d’armement et de formation d’EI-K ne se trouvent pas dans les zones frontalières échappant aux talibans, mais bien dans celles qu’ils dominent depuis plus de quarante mois. À Kunar, Badakhchan et Nuristan, les réseaux d’EI-K se sont renforcés au point de créer un continuum opérationnel reliant l’est et le nord-est de l’Afghanistan aux frontières de l’Asie centrale. Les talibans ne contrôlent plus l’accès à certains districts, incapables d’y entrer librement ou d’y maintenir leur présence. L’idée d’une menace “importée” se heurte à ces réalités de terrain : les flux de combattants d’EI-K s’effectuent entre zones sous influence de la branche Haqqani, à l’intérieur même de l’Afghanistan.
Kunar : la présence militaire structurée d’EI-K
Les districts de Nurgal et Chawkay illustrent cette dynamique. Les habitants décrivent une implantation militaire forte : centres d’entraînement, lignes de défense, infrastructures permanentes. Les talibans n’y exercent aucune autorité réelle. Les affrontements présentés comme de grandes opérations “anti-terroristes” relèvent davantage de querelles internes, de rivalités de renseignement et d’opérations de façade destinées à l’étranger. Ce contrôle territorial d’EI-K s’est accentué avec l’arrivée coordonnée de combattants étrangers — notamment ouïghours — transformant la structure de l’organisation en un réseau transnational.
Collusion structurelle : faux papiers et laissez-passer
L’un des éléments les plus explosifs du rapport concerne la délivrance de documents falsifiés aux membres d’EI-K. Contrairement aux accusations talibanes visant le Pakistan, la fabrication de cartes d’identité et de papiers de couverture s’effectue en Afghanistan, avec la complicité d’éléments intégrés dans le renseignement taliban. Certains noyaux infiltrés facilitent donc directement la mobilité du groupe, ce qui constitue un indice de collusion bien plus profond et systémique que ce que les talibans admettent publiquement.
Une instabilité régionale amplifiée
Al Jazeera confirme que l’Afghanistan est devenu le centre d’un arc de tensions régionales impliquant le Pakistan, l’Inde et divers groupes armés. Le rapprochement récent des talibans avec l’Inde, en parallèle de leur incapacité à contenir — ou leur refus de confronter — les Talibans pakistanais (TTP), alimente les suspicions stratégiques d’Islamabad. Entre attaques frontalières, échec des discussions en Turquie, opérations transfrontalières et multiplication des groupes violents, l’Afghanistan taliban n’est plus un “acteur stabilisateur”, mais un foyer de crise exportant la violence au-delà de ses frontières.
Le Pakistan face aux retombées : l’exemple de Bannu
Les opérations dans la province pakistanaise de Khyber Pakhtunkhwa, où 25 assaillants dont 18 Afghans ont été tués, montrent que l’expansion d’EI-K et des groupes associés n’est plus théorique. Ces combattants utilisaient des centres éducatifs abandonnés transformés en bases militaires, confirmant une tendance inquiétante : des espaces civils détournés pour des activités terroristes, et des filières opérant des deux côtés de la frontière.
Un État taliban obsédé par la sécurité… mais pas contre les bons ennemis
La Banque mondiale révèle que les talibans consacrent 49 % du budget national à leur secteur sécuritaire, tandis que la population s’appauvrit et que le budget reste opaque. Cette militarisation massive ne se traduit pourtant pas par la lutte contre EI-K. Elle sert d’abord leurs structures internes, leurs rivalités de factions, leur appareil de contrôle social, et la consolidation du pouvoir des réseaux Haqqani — les mêmes qui, selon les sources de Bazgasht, facilitent l’expansion d’EI-K. Le contraste est saisissant : un demi-budget national consacré à la “sécurité”, mais aucune stratégie cohérente pour contenir les groupes extrémistes qui prolifèrent sur leur territoire.
Une matrice terroriste en expansion
L’ensemble des données convergent vers une conclusion lourde : l’Afghanistan taliban n’est pas victime d’une infiltration de l’État islamique du Khorasan. Il en est devenu l’incubateur. Par naïveté stratégique, affinités idéologiques, calcul politique ou collusions internes, les talibans ont contribué à l’ancrage d’un réseau transnational dont l’expansion menace désormais toute l’Asie du Sud — et bien au-delà. Cette dynamique est d’autant plus dangereuse qu’elle reste enveloppée dans un discours mensonger, destiné à convaincre le monde que les talibans seraient un partenaire sécuritaire crédible, alors même que les preuves montrent l’exact contraire.










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