
Depuis fin septembre, le Front de la liberté de l’Afghanistan (AFF) multiplie les attaques contre les taliban au Nuristan, au Kunar, au Badakhshan et au Kapisa. Les taliban demandent des renforts et répondent par la propagande. Voici les faits rapportés sur cette période.
La plupart des bilans viennent de l’AFF ou de sources locales. Les taliban n’ont pas réagi à la majorité des combats cités, sauf au Nuristan. Aucun chiffre n’est confirmé de façon indépendante. Les dates des sources afghanes ont été converties du calendrier solaire au calendrier grégorien.
Nuristan et Kunar : des villages repris, des renforts demandés
Les combats ont commencé le samedi 26 septembre, quand les taliban ont attaqué des positions de l’AFF. Selon le Front, ses commandos ont répondu par une contre-offensive et repris plusieurs villages des districts de Kamdesh (Nuristan) et de Nari (Kunar), ainsi que des postes de contrôle et de nombreuses armes. Il annonce 37 taliban tués et 24 blessés. Il dit garder ses positions dans les villages repris, tout en quittant temporairement quelques postes trop exposés.
Le 7 octobre, les affrontements ont repris à Kamdesh. D’après l’AFF, les taliban ont attaqué depuis plusieurs directions avant d’être repoussés au bout d’environ six heures, avec 11 morts et au moins 8 blessés. Le même jour, des tireurs d’élite de l’AFF sont arrivés en renfort dans le district.
Le commandant de la sécurité taliban au Nuristan, Mullah Akhtar Mohammad Mazmal, a reconnu la hausse des attaques dans un entretien publié le 2 octobre. Selon lui, les assaillants sont de l’AFF et en majorité d’anciens militaires. Il demande au ministre de l’Intérieur, Sirajuddin Haqqani, d’envoyer des renforts, si possible recrutés parmi les habitants. Il compare la situation aux débuts de la lutte contre les Soviétiques et contre la République, mais pense que les opposants échoueront parce que, selon lui, la population soutient les taliban.
L’AFF affirme de son côté que les taliban diffusent des vidéos obtenues sous la contrainte auprès de civils, de voyageurs et de touristes au Nuristan, pour cacher leurs défaites.
Badakhshan : Zebak et Faizabad
À Zebak, les taliban ont attaqué à plusieurs reprises les positions de l’AFF depuis le matin du mercredi 30 septembre, avec des armes lourdes, d’après Daoud Naji, président du comité politique du Front. Il affirme que les attaques ont été repoussées et que ses forces restent dans leurs bases. Des sources locales confirment des combats vers 7 heures du matin. Le district connaît des affrontements depuis plusieurs semaines.
À Faizabad, capitale de la province, l’AFF revendique deux attaques contre des véhicules taliban. Le 28 septembre, vers 9h45, près de la direction des mines : trois morts et deux blessés. Le 7 octobre, vers 8h30, dans le quartier de Shahr-e-Naw : quatre morts, dont un commandant recherché depuis un moment. Le Front dit aussi avoir visé le convoi d’un gouverneur taliban. Après l’attaque du 7 octobre, les taliban auraient arrêté et maltraité des civils du quartier.
Le 6 octobre, un chef taliban et ses quatre gardes auraient été tués dans l’attaque de leur véhicule, sur la route de Keran et Menjan vers le Panchir.
Kapisa et Panchir
Le 7 octobre vers 2 heures du matin, l’AFF a tiré des roquettes et des mitrailleuses sur des postes taliban de la région de Khom-e Zargar, dans le premier district de Kohistan (Kapisa). L’attaque a duré environ vingt minutes et aurait fait au moins trois morts et deux blessés. Le Front ajoute que des miliciens taliban locaux harcèlent et pillent les habitants de la zone.
Une attaque importante du Front de la Résistance nationale (NRF) est aussi signalée dans le col d’Anjuman, qui relie le Panchir au Badakhshan. Selon ces informations, les combattants de la résistance se déplacent librement et disposent de lignes d’approvisionnement actives entre le Panchir et les fronts du Badakhshan.
Les taliban ont par ailleurs réuni, au siège de la province du Panchir, des responsables religieux, des étudiants et des enseignants de madrasas des provinces du nord de Kaboul. Ils leur ont demandé d’intensifier la propagande contre les fronts d’opposition.
Ce qu’en disent les acteurs et les analystes
Le porte-parole de l’AFF, Nasrullah Fateh, a écrit le 6 octobre sur X que le renversement de l’émirat taliban est inévitable et reste l’axe principal du Front. Daoud Naji a répondu à un ministre taliban qui disait que les opposants voulaient libérer le pays de « certains » éléments : le Front se bat, dit-il, contre l’oppression, la torture, les assassinats ciblés, les procès sommaires, la pauvreté, l’obscurantisme et l’isolement international.
Le chercheur Mustafa Modasser estime que l’AFF passe de la guérilla à une phase de guerre conventionnelle. Pour lui, les combats au Nuristan et au Kunar montrent que le Front peut rassembler ses forces. L’ancien ministre des Affaires étrangères Rengin Dadfar Sepanta écrit, dans une note du 3 octobre, que la lutte armée dépasse désormais les efforts politiques et diplomatiques, et que le recours à la violence vient de la fermeture des voies de dialogue et de la répression.
Barmak Hamdard, ancien membre de l’ONU en Afghanistan, a publié le 29 septembre un article sur Zebak. Il rappelle que l’AFF est composée surtout d’anciens militaires et membres des forces de sécurité, et que le Badakhshan, par sa position et ses liens avec le Panchir et Andarab, pourrait devenir le point de départ d’une alternative politique aux taliban. Il appelle les gouvernements et les organisations internationales à ouvrir un dialogue direct avec l’AFF, centré sur la protection des civils, la participation des femmes et des institutions civiles. Il demande en retour au Front des engagements clairs : protection des civils, traitement des détenus, interdiction d’enrôler des moins de 18 ans, transparence sur l’aide étrangère.