Frise chronologique des décrets talibans, 2021-mai 2026

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Mise à jour au 16 mai 2026. Ce document distingue les décrets, lois, directives, circulaires, ordres verbaux et pratiques d’application documentées par des organisations internationales ou humanitaires. Dans plusieurs cas, les textes talibans ne sont pas publiés, ne sont pas accessibles dans leur intégralité, ou ne sont connus qu’à travers communiqués, circulaires administratives, annonces publiques et rapports de surveillance. Les dates ci-dessous doivent donc être lues comme dates de promulgation, d’annonce, de diffusion, d’entrée en vigueur ou de documentation fiable selon les cas.

Synthèse opérationnelle

Depuis août 2021, la stratégie talibane ne se réduit pas à une addition de restrictions : elle construit un système d’effacement, d’abord par la fermeture des espaces de participation, puis par la codification de la surveillance sociale et de la punition. Les experts des Nations unies ont qualifié dès 2023 l’ensemble des édits visant les femmes et les filles de discrimination systémique pouvant relever de la persécution de genre, crime contre l’humanité, et pouvant être caractérisée comme apartheid de genre (HCDH).

Le schéma général comporte quatre phases. Entre août 2021 et mars 2022, les talibans ferment l’accès des femmes et des filles aux institutions, à l’école secondaire et à de nombreux emplois, tout en instaurant le contrôle du mahram et des médias (HCDH, RSF, Al Jazeera). Entre mai et décembre 2022, ils durcissent le contrôle du corps, de la mobilité, de l’espace public, de l’université, de l’aide humanitaire et de la justice pénale (BBC News, UN News, UN News, ReliefWeb/UNAMA). En 2023-2024, ils achèvent la fermeture des derniers espaces économiques et sociaux féminins, puis transforment la police des mœurs en architecture légale nationale par la loi sur la Promotion de la vertu et la Prévention du vice (Reuters, HCDH). Depuis fin 2024 et surtout depuis les six derniers mois, l’accélération prend la forme d’une pénalisation plus profonde, d’un blocage des femmes dans les institutions médicales et onusiennes, d’une exclusion administrative par la paie, d’une extension des châtiments corporels et d’une intensification des détentions de journalistes (HCDH, ReliefWeb/UNAMA, HCDH, UNAMA).

Les conséquences civiles sont documentées dans tous les secteurs : déscolarisation massive, disparition d’une génération de femmes médecins, enseignantes, juristes et journalistes, appauvrissement des ménages dirigés par des femmes, effondrement de l’accès aux soins pour les femmes, réduction de l’accès humanitaire, autocensure généralisée, violence domestique sans recours effectif, et normalisation de la punition publique. En août 2025, UN Women estimait que presque 100 édits restreignant la manière dont les femmes et les filles peuvent circuler dans la société avaient été institués et appliqués depuis 2021, et qu’aucun n’avait été abrogé en quatre ans (UN News).

Frise sectorielle

Droits des femmes et vie publique

DateInstrument ou mesureContenuConséquences civiles documentéesViolations ou qualifications documentées
Août 2021 et mois suivantsExclusion de fait de nombreux emplois publics et démantèlement des protections institutionnellesLes femmes sont progressivement empêchées de retourner au travail dans la fonction publique et l’ancien ministère des Affaires féminines disparaît du dispositif institutionnel.Les femmes perdent leur revenu, leur statut administratif et leurs canaux de recours, tandis que les victimes de violences se retrouvent sans guichets spécialisés.UNAMA et UN Women lient la dégradation de l’accès des femmes à la justice à la suspension du ministère des Affaires féminines, de la Commission indépendante des droits humains et à l’exclusion des professionnelles du droit (UNAMA).
3 décembre 2021Décret du chef taliban sur les droits des femmes et le mariageLe décret interdit le mariage forcé, affirme que les femmes ne doivent pas être considérées comme une propriété et reconnaît certains droits des veuves.Le texte est utilisé par les talibans comme élément de légitimation, mais il ne traite pas de l’éducation des filles ni du droit au travail.Les rapports ultérieurs de l’ONU montrent que les violences de genre, y compris des cas de mariages forcés impliquant ou imposés par des responsables de facto, persistent malgré ce décret (UNAMA).
26 décembre 2021Directive du ministère de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice sur les déplacementsLes femmes ne peuvent voyager sur de longues distances, au-delà de 72 km, sans proche masculin, et les chauffeurs sont invités à refuser les femmes non voilées.La mesure restreint la liberté de mouvement, les déplacements professionnels, l’accès aux villes et la possibilité de fuir des violences domestiques.Human Rights Watch a estimé que cette directive faisait des femmes des prisonnières en limitant leur capacité à circuler, travailler et échapper à la violence (Al Jazeera).
7 mai 2022Décret sur le voile intégral et responsabilité des gardiens masculinsLe ministère de la Vertu impose le voile couvrant le visage et prévoit une escalade de sanctions contre les gardiens masculins en cas de non-conformité.Le corps des femmes devient un motif de sanction familiale : visites au domicile, convocation du gardien masculin, puis possible peine de trois jours de prison.La mesure renforce le contrôle patriarcal par délégation punitive aux hommes de la famille et s’inscrit dans la série de règles ciblant prioritairement les femmes (BBC News).
Novembre 2022Interdiction des parcs, puis application à des espaces récréatifs et sportifsLe ministère de la Vertu interdit aux femmes l’accès aux parcs en invoquant la non-conformité au hijab ; les gyms et bains publics sont également fermés aux femmes dans la même phase de restrictions.Les femmes perdent des lieux de socialisation, de santé physique et de présence dans l’espace public ; les hommes et groupes masculins conservent l’accès à certains espaces.Reuters documente que la justification officielle renvoie à l’interprétation talibane du code vestimentaire, tandis que l’ONU décrit ces interdictions comme une exclusion systématique de la vie publique (Reuters, UN News).
24 décembre 2022Interdiction faite aux Afghanes de travailler pour les ONGLes femmes doivent cesser de travailler pour les ONG humanitaires.Des programmes d’aide sont suspendus, l’accès des femmes et des filles aux services devient plus difficile, et l’aide à des millions de civils est compromise pendant l’hiver et la crise alimentaire.Les responsables onusiens affirment que l’interdiction a des conséquences immédiatement mortelles pour tous les Afghans et risque de laisser des millions de femmes et de filles hors de la réponse humanitaire (UN News).
4 avril 2023Ordre interdisant aux Afghanes employées par l’ONU de travaillerLes autorités de facto interdisent aux femmes afghanes membres du personnel national de l’ONU de continuer à travailler, avec une portée nationale.L’ONU avertit que le dispositif menace sa capacité à atteindre les plus vulnérables, notamment les femmes et les filles, dans un pays où l’aide vise 23 millions de personnes.Le porte-parole de l’ONU déclare que ces ordres violent les droits fondamentaux des femmes et le principe de non-discrimination (UN News).
4 juillet 2023, application le 25 juilletInterdiction des salons de beautéLa mesure, annoncée par le ministère de la Vertu sur la base d’un édit du chef suprême, ordonne la fermeture des salons de beauté.Environ 12 000 établissements doivent fermer et plus de 60 000 femmes risquent de perdre leur emploi ; les salons constituaient aussi des lieux féminins de sociabilité et de revenu.Reuters présente cette interdiction comme un coup direct porté à l’autonomie financière des femmes et à l’entrepreneuriat féminin (Reuters).
31 juillet 2024, publication le 21 août 2024Loi sur la Promotion de la vertu et la Prévention du viceLa loi formalise des restrictions sur le corps, la mobilité, le comportement public, les médias et les sanctions exercées par la police des mœurs.Les inspecteurs disposent d’un cadre légal pour intervenir dans la vie publique et privée, ce qui élargit le champ de l’arbitraire quotidien.Les experts de l’ONU considèrent cette loi comme une grave régression des droits humains et une escalade de l’agenda répressif taliban (HCDH).
Avril-juin 2025Intensification de l’application du chador, du burqa et du mahramÀ Herat, des femmes sans chador sont empêchées d’entrer dans les marchés ou d’utiliser les transports ; à Uruzgan, des femmes portant un hijab plutôt qu’une burqa sont arrêtées ; des services sont refusés aux femmes non accompagnées d’un mahram.Des femmes sont temporairement détenues, privées de transports, de marchés, de cliniques, de bureaux publics et d’espaces de loisirs.UNAMA documente une application discriminatoire de la loi et des exigences de mahram non clairement prévues par le texte, entravant l’accès aux services publics et aux soins (UNAMA).
7 septembre 2025Interdiction d’accès des femmes afghanes aux locaux de l’ONULes forces de sécurité de facto empêchent les femmes employées et contractantes nationales de l’ONU d’entrer dans les locaux de Kaboul, puis la restriction est étendue aux bureaux de terrain.L’aide humanitaire et les services essentiels à des centaines de milliers de personnes touchées par les séismes, les retours forcés et les crises frontalières sont menacés.UNAMA qualifie l’obstruction au mouvement du personnel onusien de violation des règles internationales sur les privilèges et immunités du personnel de l’ONU (UNAMA).
Novembre-décembre 2025Durcissement local du chador et du burqa à HeratDes inspecteurs imposent le chador puis le burqa dans certains espaces publics ; les femmes non conformes sont refusées dans les hôpitaux, cliniques, bureaux publics et lieux de mariage.La tenue vestimentaire devient une condition d’accès aux soins, aux transports, aux administrations et à la vie sociale.UNAMA documente ces refus d’accès comme des barrières concrètes aux droits et aux services essentiels (ReliefWeb/UNAMA).
17 janvier 2026, rapporté au premier trimestre 2026Retrait des femmes de la paie de la fonction publiqueDes femmes précédemment empêchées de travailler mais encore rémunérées à salaire réduit sont retirées de la paie dans plusieurs provinces.Certaines apprennent leur licenciement seulement lorsque le salaire n’est pas versé, ce qui transforme l’exclusion professionnelle en effacement administratif et économique.UNAMA documente cette suppression comme une nouvelle restriction frappant des femmes déjà exclues de leur lieu de travail depuis août 2021 (ReliefWeb/UNAMA).

Éducation

DateInstrument ou mesureContenuConséquences civiles documentéesViolations ou qualifications documentées
Septembre 2021-mars 2022Fermeture puis non-réouverture du secondaire pour les filles au-delà de la sixième classeLes écoles rouvrent pour les garçons et les filles jusqu’à la sixième classe, mais les adolescentes restent exclues du secondaire ; le 24 mars 2022, les experts de l’ONU condamnent le report de la reprise.Des centaines de milliers de filles sont sorties du système scolaire, avec rupture de trajectoires universitaires, professionnelles et sociales.Les experts de l’ONU rappellent que l’Afghanistan a l’obligation juridique de respecter le droit à l’éducation et la non-discrimination au titre de la CEDAW et de la Convention relative aux droits de l’enfant (HCDH).
1er décembre 2022, directive datée du 22 décembre dans certaines archivesSuspension de l’éducation au-delà de la sixième classe dans les institutions et cours pour fillesUne directive adressée aux directions de l’éducation ordonne la suspension des institutions et cours féminins au-delà de la sixième classe jusqu’à nouvel ordre.La mesure formalise l’interdiction nationale de l’éducation secondaire et post-primaire pour les filles.Le document traduit par l’Afghanistan Justice Archive présente cette directive comme une violation grave du droit à l’éducation et un ancrage de la discrimination systémique de genre (Afghanistan Justice Archive).
20 décembre 2022Interdiction des universités aux femmesLes autorités talibanes ferment l’accès des universités aux femmes.Le pays perd une génération de femmes médecins, juristes, enseignantes et professeures ; la mesure aggrave les pertes économiques et favorise mariages forcés, abus et exil.Le Haut-Commissaire Volker Türk qualifie la suspension de l’enseignement supérieur féminin de violation claire des obligations internationales de l’Afghanistan (UN News).
2023-2024Maintien des interdictions et fermeture des possibilités de contournementLes interdictions du secondaire et du supérieur restent en vigueur, tandis que les possibilités privées ou professionnelles se réduisent.Les filles au-dessus de la sixième classe et les femmes étudiantes sont maintenues hors de l’éducation formelle.Les experts de l’ONU décrivent le système comme une privation de droits fondamentaux et une discrimination susceptible de relever de la persécution de genre (HCDH).
2-4 décembre 2024Directive signalée interdisant aux femmes et filles les institutions médicales privéesUne directive rapportée empêche les femmes et les filles d’assister aux cours dans les institutions médicales privées.Le dernier couloir d’éducation féminine post-sixième classe est fermé ; la formation de sages-femmes, infirmières et personnels de santé est menacée.UNAMA avertit que la mesure restreint davantage le droit à l’éducation et l’accès aux soins, avec un impact négatif sur le système de santé et le développement du pays (ReliefWeb/UNAMA).
9-12 décembre 2024Condamnations onusiennes de l’interdiction de la formation médicaleLes experts de l’ONU et le Conseil de sécurité examinent l’effet de la directive sur la formation médicale féminine.Plus de 36 000 sages-femmes et 2 800 infirmières pourraient être empêchées d’entrer dans le personnel de santé dans les prochaines années, avec risque d’augmentation de la mortalité maternelle et néonatale.Les experts de l’ONU avertissent que la mesure peut entraîner souffrances, maladies et décès évitables pouvant relever d’un femicide évolutif (HCDH, Conseil de sécurité de l’ONU).
27 avril-11 juillet 2025Examen d’entrée universitaire sans mention des femmes et fillesL’Autorité nationale des examens annonce le kankor pour les élèves du secondaire, sans mention de l’inclusion des femmes et filles.L’absence d’inclusion confirme la normalisation administrative de leur exclusion universitaire.UNAMA documente cette omission dans un contexte où les femmes et filles restent empêchées d’accéder à l’éducation au-delà de la sixième classe (UNAMA).
14 novembre 2025Examens de fin d’études médicales sans femmesL’Autorité nationale des examens organise les examens de graduation des étudiants en médecine sans aucune femme.Les étudiantes médicales sont exclues de la validation de leur formation, ce qui aggrave la pénurie future de soignantes.UNAMA relie cet épisode à l’interdiction de l’enseignement supérieur depuis 2022 et à celle des institutions médicales depuis décembre 2024 (ReliefWeb/UNAMA).
Mars 2026Cinquième année scolaire sous interdiction au-delà de la sixième classeLa nouvelle année académique commence alors que l’interdiction de l’éducation des filles et des femmes au-delà de la sixième classe se poursuit pour la cinquième année consécutive.Selon les données UNESCO citées par UNAMA, environ 2,2 millions de filles et femmes afghanes ont été privées d’éducation secondaire et supérieure depuis 2021.La persistance de l’interdiction démontre l’échec des pressions diplomatiques à obtenir la réouverture des écoles et universités (ReliefWeb/UNAMA).
23 avril 2026Bilan de durée de l’interdictionHuman Rights Watch calcule qu’à cette date, les filles afghanes ont été interdites d’étudier au-delà de la sixième classe pendant 1 677 jours.HRW avertit qu’il n’y aura bientôt plus de nouvelles femmes médecins, juristes, professeures ou ingénieures formées en Afghanistan.HRW relie ce constat à la nécessité d’intégrer l’apartheid de genre dans le futur traité sur les crimes contre l’humanité (Human Rights Watch).

Médias, information et expression publique

DateInstrument ou mesureContenuConséquences civiles documentéesViolations ou qualifications documentées
19 septembre 2021Onze règles de journalisme du Government Media and Information CentreLes médias doivent éviter les contenus contraires à l’islam, insultant des figures nationales, non confirmés par des officiels, affectant le moral public, et coordonner des rapports détaillés avec le GMIC.Le cadre ouvre la voie au contrôle préalable, à l’autocensure et aux représailles arbitraires.RSF estime que ces règles sont vagues, dangereuses, susceptibles d’être utilisées pour persécuter les journalistes, et qu’elles ouvrent la voie à la censure et à la tyrannie (RSF).
21 novembre 2021Directive du ministère de la Vertu sur les contenus audiovisuelsLes films contraires aux valeurs islamiques ou afghanes, les feuilletons et drames avec actrices, et certains contenus de divertissement sont interdits ; les journalistes femmes doivent porter le hijab à l’antenne.Les programmes sur les femmes et les violences de genre disparaissent, des rédactions ferment ou passent en ligne par peur, et les femmes des médias subissent une pression spécifique.Human Rights Watch documente menaces de mort, exigence de soumettre les reportages avant publication, intimidation par des agents armés et effondrement de la couverture des droits des femmes (Human Rights Watch).
19 mai 2022Ordre imposant aux présentatrices TV de couvrir leur visageLes présentatrices de télévision doivent porter un masque ou voile facial à l’antenne.Les journalistes femmes craignent que l’étape suivante soit leur exclusion de l’antenne ; plusieurs expliquent que le masque entrave leur capacité à parler, respirer et présenter.Human Rights Watch estime que la règle viole la liberté d’expression, l’autonomie personnelle et l’accès à l’information pour les personnes sourdes ou malentendantes qui lisent sur les lèvres (NPR).
2022-2023Durcissement par la Direction générale du renseignement dominée par les HaqqaniLes journalistes subissent raids à domicile, arrestations, passages à tabac, menaces et pressions croissantes.Les femmes reporters sont forcées hors antenne dans les premiers mois, puis les médias indépendants perdent capacités, personnel et sécurité.CPJ décrit un paysage médiatique très affaibli, marqué par attaques, arrestations et menaces continues contre les journalistes (CPJ).
31 juillet 2024, publication le 21 août 2024Loi sur la Vertu et le Vice, article 17La loi interdit de publier ou diffuser des images d’êtres vivants et d’animaux et prohibe les contenus jugés contraires à la charia ou insultants envers les musulmans.Les médias audiovisuels, les photographes et les journalistes travaillent sous menace de censure légale et de sanctions par la police des mœurs.CPJ qualifie la loi de nouveau coup porté à une communauté médiatique déjà décimée ; les sanctions peuvent aller jusqu’à trois jours de prison ou une peine jugée appropriée par le procureur public (CPJ).
Mai 2025Extension de la surveillance des réseaux sociauxLe ministère de la Vertu annonce l’extension de la surveillance des réseaux sociaux et affirme que l’usage des médias pour la déviation intellectuelle, l’insulte ou l’atteinte aux valeurs religieuses est un crime.UNAMA documente l’arrestation de cinq personnes dans plusieurs provinces pour des vidéos jugées inappropriées sur TikTok.La mesure transforme les usages ordinaires des réseaux sociaux en terrain de surveillance morale et pénale (UNAMA).
29 juin 2025Directive du ministère de l’Information et de la Culture sur les contenus politiquesLes talk-shows politiques sont réautorisés après une suspension en février 2025, mais les analystes doivent respecter la charia, obtenir une carte d’identification du ministère et sont soumis à un comité de surveillance du contenu politique.La reprise des débats politiques est conditionnée à un filtrage idéologique et administratif, ce qui institutionnalise l’autocensure.UNAMA documente la directive comme un mécanisme de régulation du contenu politique par le ministère (UNAMA).
14 mai 2026Détention d’au moins trois journalistesUNAMA exprime sa préoccupation après la détention d’au moins trois journalistes par les autorités de facto sur des accusations non précisées.Des journalistes subissent détentions, agressions rapportées et confiscations de biens lors d’opérations de fouille.UNAMA demande la clarification de la base légale, le respect du procès équitable et le droit des journalistes à travailler sans intimidation, harcèlement ni représailles (UNAMA).

Justice, police des mœurs et punition

DateInstrument ou mesureContenuConséquences civiles documentéesViolations ou qualifications documentées
20 octobre 2021Premier cas documenté de châtiment corporel post-prise de pouvoirÀ Kapisa, un homme et une femme condamnés pour zina sont publiquement fouettés 100 fois chacun par un tribunal de district de facto.Le châtiment public réintroduit la punition corporelle dans l’espace social et signale la restauration d’une justice spectaculaire.UNAMA situe ce cas comme premier châtiment corporel documenté après août 2021 dans son rapport de mai 2023 (ReliefWeb/UNAMA).
13 novembre 2022Ordre du chef taliban aux juges sur Hudud et QisasLe porte-parole Zabihullah Mujahid annonce que le chef taliban a demandé aux juges d’appliquer les peines Hudud et Qisas lorsque les conditions de la charia sont réunies.Les châtiments corporels judiciaires augmentent nettement après cette instruction.UNAMA documente un accroissement marqué du nombre et de la régularité des châtiments corporels après cette annonce (ReliefWeb/UNAMA).
7 décembre 2022Première exécution judiciaire documentée depuis le retour talibanUne exécution publique est réalisée après décision judiciaire et approbation du chef taliban.La peine capitale publique redevient instrument de souveraineté judiciaire et de discipline sociale.UNAMA documente cette exécution comme la première exécution judiciaire enregistrée depuis la reprise du pouvoir (ReliefWeb/UNAMA).
2023-2025Châtiments corporels publics hebdomadairesLes autorités de facto appliquent des flagellations publiques, souvent cumulées avec des peines de prison.Les civils sont exposés à des punitions publiques pour des infractions morales ou sociales, avec femmes, hommes et enfants parmi les personnes punies.UNAMA considère les châtiments corporels comme contraires au droit international des droits humains (HCDH).
31 juillet-21 août 2024Loi sur la Promotion de la vertu et la Prévention du viceLa police des mœurs reçoit un cadre légal national d’intervention sur l’apparence, les déplacements, les contenus médiatiques et les comportements.La norme morale devient une norme de police applicable dans les transports, marchés, hôpitaux, médias et lieux de sociabilité.Les experts de l’ONU dénoncent une escalade régressive des droits humains et un retour aux pratiques des années 1990 (HCDH).
11 avril 2025Multiples exécutions publiquesQuatre hommes condamnés pour meurtre sont exécutés publiquement dans des stades de Badghis, Nimroz et Farah.Les exécutions sont réalisées devant des foules et de hauts responsables ; des proches des victimes procèdent aux tirs.UNAMA documente ces exécutions et les réactions talibanes affirmant que les autorités étrangères n’ont pas à intervenir dans la charia et le système judiciaire de l’Émirat (UNAMA).
Avril-juin 2025Châtiments corporels judiciaires documentésUNAMA documente au moins 234 personnes soumises à des châtiments corporels judiciaires, dont 185 hommes, 48 femmes et un garçon.La punition publique devient hebdomadaire, souvent ajoutée à la prison.UNAMA considère ces pratiques comme contraires au droit international des droits humains (UNAMA).
Décembre 2025Exécutions publiques à Badghis et KhostDeux exécutions publiques sont réalisées, dont une à Khost où le tireur serait un garçon de moins de 18 ans.Des centaines de résidents et de nombreux hauts responsables assistent aux exécutions ; l’implication d’un mineur dans l’acte punitif est signalée.Le rapport HCDH 2026 indique que depuis août 2021 les autorités de facto ont procédé à 12 exécutions publiques et que les exécutions publiques et la lapidation sont contraires à l’article 7 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, les rendant arbitraires et attentatoires au droit à la vie (HCDH).
5 et 8 janvier 2026Règlement de procédure pénale des tribunaux, décret n° 12 sur les peines discrétionnairesLe chef taliban approuve un règlement puis la Cour suprême le diffuse aux tribunaux pour application.Le texte criminalise de nombreux actes, étend les infractions passibles de mort, autorise la flagellation et permet des peines dans le foyer, ce qui légitime la violence contre les femmes et les enfants.Le HCDH estime que le décret viole les obligations internationales de l’Afghanistan par son imprécision, l’extension de la peine de mort, l’usage de châtiments corporels, l’absence de garanties de procès équitable et la discrimination persistante contre les femmes et les filles (HCDH).
6 mars 2026Analyse d’Amnesty International sur le règlement pénalAmnesty appelle à la révocation immédiate du règlement de procédure pénale des tribunaux.Le règlement autorise la destruction de biens, institutionnalise les châtiments corporels, criminalise la critique du chef et des responsables talibans, et impose des obligations de dénonciation.Amnesty considère que les coups de fouet constituent torture ou mauvais traitements en droit international et que la peine de mort est prévue pour un éventail d’infractions dépassant les “crimes les plus graves” (Amnesty International).
8 mars 2026Données UNAMA, UN Women et OIM sur l’accès des femmes à la justiceLes consultations de décembre 2025 montrent que seules 14 % des femmes consultées disent accéder aux services formels de résolution des litiges, contre 53 % des hommes.Les femmes disposent de moins de voies sûres pour résoudre les litiges, demander protection ou faire rendre des comptes aux auteurs de violences.UNAMA indique que le décret n° 12 a ajouté de nouveaux obstacles aux femmes cherchant protection ou responsabilité par la justice, dans un contexte d’exclusion des professionnelles du droit (UNAMA).

L’accélération depuis les six derniers mois

La période novembre 2025-mai 2026 marque un changement de vitesse : les restrictions déjà installées deviennent plus administratives, plus pénales et plus opérationnelles. À Herat, l’obligation locale du chador et du burqa se transforme en condition d’accès aux hôpitaux, cliniques, transports et bureaux publics ; en novembre 2025, les femmes sont exclues des examens de graduation médicale ; en janvier 2026, des femmes sont retirées de la paie de la fonction publique ; en janvier-mars 2026, le nouveau règlement pénal étend les châtiments et la peine de mort ; en mai 2026, au moins trois journalistes sont détenus sur des charges non précisées (ReliefWeb/UNAMA, ReliefWeb/UNAMA, HCDH, UNAMA).

Cette accélération n’est pas seulement quantitative. Elle indique un passage de l’interdiction à l’enfermement administratif : les femmes ne sont plus seulement empêchées d’entrer à l’école, au travail, aux universités, aux parcs ou aux ONG ; elles sont retirées des systèmes de paie, empêchées de valider les examens, bloquées aux portes des bureaux de l’ONU, et filtrées par les transports, les cliniques et les marchés. La logique est celle d’une vie civile conditionnelle : chaque déplacement, service ou ressource devient dépendant d’un homme, d’un vêtement, d’une autorisation morale ou d’une tolérance locale.

La loi sur la Vertu et le Vice de 2024 a joué un rôle de charnière. Avant elle, beaucoup de restrictions existaient par décrets, directives ou ordres sectoriels ; après elle, les inspecteurs de la vertu disposent d’un langage légal unifié pour intervenir dans les médias, les transports, les espaces publics, les services et les comportements. CPJ montre que cette loi donne aussi à la police des mœurs de nouveaux pouvoirs de censure des médias, notamment par l’interdiction d’images d’êtres vivants et la criminalisation de contenus jugés contraires à la charia (CPJ).

Le décret pénal de janvier 2026 approfondit cette bascule. Le HCDH indique que le texte étend les infractions passibles de la peine de mort, introduit ou confirme des châtiments corporels pour de nombreuses infractions, criminalise la critique du leadership taliban et de ses politiques, et légitime la violence contre femmes et enfants jusque dans le cadre domestique (HCDH). Amnesty ajoute que ce règlement affaiblit les garanties de procès équitable, autorise la destruction de biens, reconnaît des catégories sociales discriminatoires, et peut permettre la sanction de critiques ou d’opposants supposés (Amnesty International).

Conséquences civiles transversales

Domaine d’impactEffets concretsSources documentaires
Éducation et capital humainLes interdictions du secondaire, du supérieur et des instituts médicaux empêchent la formation de nouvelles enseignantes, juristes, médecins, infirmières et sages-femmes.Le HCDH et le Conseil de sécurité alertent sur les conséquences sanitaires de l’interdiction médicale, dont l’empêchement potentiel de plus de 36 000 sages-femmes et 2 800 infirmières d’entrer dans le personnel de santé (HCDH, Conseil de sécurité de l’ONU).
Santé des femmesLa règle selon laquelle les femmes doivent être soignées par des femmes, combinée à l’interdiction de former des soignantes, crée une crise prévisible d’accès aux soins.OHCHR avertit que l’interdiction des classes médicales menace l’accès déjà précaire des femmes aux soins et met leur vie en danger (UN News).
Pauvreté et aide humanitaireLes interdictions de travail dans les ONG, l’ONU et la fonction publique réduisent les revenus féminins et fragilisent l’acheminement de l’aide.L’ONU affirme que l’interdiction des femmes dans les ONG a des conséquences immédiates et potentiellement mortelles pour les Afghans, alors que plus de 28 millions de personnes avaient besoin d’aide pour survivre fin 2022 (UN News).
Justice et violences de genreLa disparition des institutions spécialisées, l’exclusion des femmes juristes et le décret pénal de 2026 réduisent encore les recours.UNAMA note que seules 14 % des femmes consultées disent accéder aux mécanismes formels de résolution des litiges, contre 53 % des hommes (UNAMA).
Médias et informationLes directives médiatiques, la loi de 2024 et les détentions produisent autocensure, disparition des voix féminines et raréfaction de l’information indépendante.RSF, HRW, CPJ et UNAMA documentent censure, menaces, contraintes vestimentaires, détentions et confiscations visant journalistes et médias (RSF, Human Rights Watch, UNAMA).
Vie quotidienne et espace publicLes restrictions de mahram, hijab, chador, burqa, parcs, transports, marchés et soins transforment l’espace civil en parcours de contrôle.UNAMA documente en 2025 des refus de services, arrestations et blocages de femmes sans chador, burqa ou mahram dans plusieurs provinces (UNAMA).

Échecs des mécanismes internationaux de pression

Le premier échec est celui de la réversibilité. Le Conseil de sécurité a adopté en avril 2023 la résolution 2681 condamnant l’interdiction faite aux Afghanes de travailler pour l’ONU et demandant aux talibans de revenir rapidement sur les politiques restreignant les droits et libertés des femmes et des filles, mais les restrictions n’ont pas été levées et l’accès des femmes aux locaux de l’ONU a même été de nouveau bloqué à partir du 7 septembre 2025 (Security Council Report, UNAMA). Le constat d’UN Women en 2025, selon lequel presque 100 édits restrictifs ont été institués et appliqués sans qu’un seul soit renversé, résume cette impuissance (UN News).

Le deuxième échec est celui de l’inclusion. En juin 2024, le Comité CEDAW a dénoncé l’exclusion des femmes et filles afghanes de la troisième réunion de Doha sur l’Afghanistan, estimant que cette exclusion contredisait la CEDAW, la résolution 1325 sur femmes, paix et sécurité, et la résolution 2721 (HCDH). Human Rights Watch a décrit Doha 3 comme un nouveau point bas, avec un agenda excluant les droits humains et une liste d’invités excluant les Afghanes des réunions principales, ce qui affaiblit la crédibilité du processus onusien (Human Rights Watch).

Le troisième échec est celui de la dissuasion. La Cour pénale internationale a rendu publics le 8 juillet 2025 des mandats d’arrêt contre Haibatullah Akhundzada et Abdul Hakim Haqqani pour crime contre l’humanité de persécution fondée sur le genre et sur des motifs politiques, mais les crimes allégués couvrent la période jusqu’au 20 janvier 2025 et les mandats restent scellés, ce qui limite leur effet opérationnel immédiat sur le comportement des autorités de facto (Cour pénale internationale). La période postérieure montre au contraire la poursuite et le durcissement des mécanismes de contrôle, notamment par la paie, la justice pénale et les restrictions contre les femmes employées de l’ONU.

Le quatrième échec est juridique et conceptuel. Les instruments existants permettent de qualifier la persécution de genre, mais Human Rights Watch soutient que cette catégorie ne capture pas entièrement un système où l’extrême discrimination de genre est intégrée à tous les niveaux de la société, d’où les appels à inscrire l’apartheid de genre dans le futur traité sur les crimes contre l’humanité (Human Rights Watch). Cette lacune compte politiquement : tant que le système est traité comme une série de violations sectorielles, la réponse internationale reste fragmentée face à une stratégie talibane centralisée d’effacement.

Lecture stratégique pour analyse éditoriale

La stratégie talibane peut être lue comme une architecture en quatre cercles. Le premier cercle est l’école : priver les filles du secondaire puis du supérieur coupe la reproduction des élites féminines. Le deuxième est le corps : hijab, chador, burqa, mahram et contrôle des voix féminines déplacent la frontière de l’État jusque dans la posture, le visage et le son. Le troisième est l’administration : paie, examens, licences, cartes d’identification, locaux de l’ONU et comités de surveillance rendent l’exclusion bureaucratique. Le quatrième est la punition : châtiments corporels, exécutions publiques, criminalisation de la critique et détentions de journalistes ferment l’espace de contestation.

L’évolution 2021-2026 indique donc moins une succession erratique qu’une consolidation. Chaque secteur verrouille l’autre : l’éducation ferme l’avenir professionnel, le travail ferme l’autonomie économique, le mahram ferme la mobilité, les médias ferment la visibilité, la justice ferme le recours. C’est précisément cette interdépendance qui explique la pertinence du cadre d’apartheid de genre : les femmes ne sont pas seulement privées d’un droit, elles sont déplacées hors de l’ordre civil.

Depuis les six derniers mois, le signal politique est clair : le régime ne cherche plus seulement à imposer des interdits symboliques, mais à rendre leur contournement matériellement impossible. Une femme peut être privée d’école, mais aussi d’examen ; privée de travail, mais aussi de paie ; privée de mobilité, mais aussi de transport, de clinique et de marché ; privée de parole publique, mais aussi d’antenne, de réseaux sociaux et de protection judiciaire. La répression devient moins spectaculaire dans certains lieux, plus totale dans ses effets.

Points de vigilance méthodologique

  • Nature des instruments : les termes “décret” et “édit” recouvrent des réalités différentes : lois publiées, décrets du chef suprême, circulaires de ministères, ordres verbaux, directives locales, pratiques d’application et communiqués de la Cour suprême.
  • Publication des textes : plusieurs mesures majeures ne sont pas accessibles dans un texte officiel complet ; la chronologie s’appuie donc sur les dates de documentation par UNAMA, HCDH, CPJ, RSF, HRW, Reuters, BBC, NPR ou des archives spécialisées.
  • Application locale : certaines interdictions nationales sont appliquées de manière variable selon les provinces, tandis que des durcissements locaux, notamment à Herat, Kandahar ou Uruzgan, peuvent ensuite annoncer une généralisation.
  • Qualification juridique : le terme “apartheid de genre” est encore une qualification de plaidoyer et d’analyse juridique en cours de consolidation dans le droit international, tandis que la “persécution de genre” est déjà mobilisée dans le cadre de la CPI.
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