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Données — ONU & IISS 2025-2026

Groupes armés en Afghanistan : effectifs estimés

IISS Military Balance 2026 · Équipe de surveillance ONU S/2025/482, juillet 2025

Forces afghanes sous commandement taliban
Forces armées de l’Émirat islamique dont ~500 cadres AQ Talibans afghans
~ 150 000
Sous-total ~ 150 000
Combattants étrangers présents en Afghanistan
Tehrik-e-Taliban Pakistan TTP — Pakistan
~ 6 200
État islamique — province du Khorasan EIIL-K
2 000 – 3 000
Autres groupes (±20 organisations) Divers
~ 2 500
Al-Qaïda + AQIS AQ / AQIS
~ 900
Mouvement islamique d’Ouzbékistan IMU — Asie centrale
~ 300
Mouvement islamique du Turkestan oriental ETIM / TIP — Xinjiang
~ 300
Jamaat Ansarullah Tadjikistan
~ 300
Sous-total combattants étrangers ~ 13 000
Total général ~ 163 000

Les ~500 cadres d’Al-Qaïda intégrés dans les rangs des talibans et du TTP sont comptabilisés dans les forces afghanes, et non dans le chiffre séparé d’Al-Qaïda. Le total de ~163 000 combine des catégories de nature différente : forces gouvernantes et groupes terroristes ne sont pas équivalents, mais partagent structures, ressources et idéologie en partie communes.

01 · Contexte général

Un sanctuaire reconstitué

Depuis le retour des talibans au pouvoir en août 2021, l’Afghanistan est redevenu ce que les services de renseignement occidentaux qualifient unanimement de refuge permissif pour les groupes terroristes régionaux et internationaux. Aucun État membre de l’ONU ne souscrit à la position des autorités de facto afghanes, qui affirment qu’aucun groupe terroriste n’opère sur leur territoire. Selon Ahmad Zia Saraj, dernier directeur de la Direction nationale de la sécurité (NDS) sous l’ancien gouvernement, l’Afghanistan est désormais une « utopie djihadiste » et la présence d’Al-Qaïda y est « multicouche et étendue ».

Le rapport de l’Équipe de surveillance de l’ONU de juillet 2024 confirme qu’Al-Qaïda « utilise toujours l’Afghanistan comme havre de paix sous les talibans ». Des acteurs régionaux aussi divers que la Russie et la Chine ont appelé à des efforts coordonnés pour empêcher l’utilisation du territoire afghan à des fins terroristes. En octobre 2025, un groupe de représentants de l’Union européenne et de treize autres pays a déclaré être « préoccupé par la menace terroriste persistante et les défis transfrontaliers en matière de sécurité migratoire émanant de l’Afghanistan ».

En 2025, les talibans ont discrètement levé les restrictions imposées aux militants étrangers et régionaux opérant sur le sol afghan. Ce virage permissif coïncide, selon Colin Smith, coordinateur de l’Équipe de surveillance des sanctions de l’ONU, avec « des indications montantes que les ambitions d’Al-Qaïda pour les opérations extérieures sont à nouveau en hausse ».

02 · Groupes présents

Une nébuleuse dense et interconnectée

L’Équipe de surveillance de l’ONU recense plus de vingt groupes terroristes internationaux et régionaux actuellement actifs en Afghanistan. Les principaux sont Al-Qaïda, le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), l’État islamique province du Khorasan (EIIL-K), le Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM/TIP), Jamaat Ansarullah du Tadjikistan et Al-Qaïda dans le sous-continent indien (AQIS).

Il n’est plus exact, selon les analystes, de traiter ces entités comme des organisations distinctes. La triade talibans afghans / réseau Haqqani / Al-Qaïda est décrite comme « en grande mesure indiscernable » : les talibans fournissent une infrastructure de gouvernance et un leadership idéologique ; Al-Qaïda apporte ses capacités de coordination mondiale et la continuité symbolique de l’héritage de Ben Laden ; le réseau Haqqani assure les opérations militaires et la logistique. Près de 500 commandants chevronnés d’Al-Qaïda auraient glissé dans les rangs des talibans et du TTP.

Al-Qaïda concentre son activité sur des attaques « spectaculaires » visant à attirer une couverture médiatique mondiale, plutôt que sur des actions moins sophistiquées. Son statut et ses effectifs sont restés stables selon le rapport S/2026/44, et son appétit pour des opérations extérieures est demeuré intact. Elle agit également comme prestataire de services et multiplicateur de capacités pour d’autres groupes, notamment à travers la formation et le conseil au profit du TTP.

L’AQIS reste active dans le sud-est de l’Afghanistan, sous l’influence du réseau Haqqani. Son émir Osama Mahmoud et son adjoint Yahya Ghauri auraient été présents à Kaboul, tandis que sa cellule médiatique est basée à Hérat. Des préoccupations ont été exprimées quant à son orientation croissante vers des opérations extérieures, probablement non revendiquées ou conduites sous couverture du groupe-parapluie Ittihad-ul-Mujahideen Pakistan.

Le TTP est l’un des plus grands groupes terroristes présents en Afghanistan. Ses attaques contre les forces de sécurité pakistanaises sont devenues de plus en plus complexes et impliquent parfois un nombre important de combattants. En novembre, un attentat revendiqué par une faction dissidente du TTP a tué douze personnes devant un tribunal d’Islamabad, première attaque dans la capitale pakistanaise depuis plusieurs années. Les États membres craignent que le TTP n’approfondisse sa coopération avec des groupes alignés sur Al-Qaïda, ce qui engendrerait une menace de portée extrarégionale.

L’EIIL-K opère principalement à travers de petites cellules mobiles, avec une présence concentrée dans le nord du pays, notamment le Badakhshan, et dans les zones proches de la frontière pakistanaise. Bien que le nombre d’attaques ait diminué sous la pression des opérations antiterroristes talibanes, le groupe a conservé d’importantes capacités opérationnelles et la faculté de remplacer rapidement ses combattants grâce au recrutement en ligne. Sa propagande en langues d’Asie centrale a élargi son audience. Des pays comme le Tadjikistan et l’Ouzbékistan s’inquiètent de la présence de leurs ressortissants au sein du groupe et de l’établissement de cellules dormantes sur leur territoire.

L’ETIM/TIP a pu circuler librement en Afghanistan grâce à la délivrance de documents d’identité par les autorités de facto. Ses membres se sont progressivement concentrés dans le Badakhshan et lèvent des fonds via la culture du pavot et l’exploitation minière. Environ 250 membres auraient rejoint les forces de police des talibans en 2025. Le groupe aurait appelé ses membres présents en Syrie et dans les pays voisins à rejoindre l’Afghanistan en vue d’un « retour au Xinjiang pour le djihad ».

03 · Effectifs estimés

Un décompte difficile mais convergent

Les chiffres disponibles proviennent presque exclusivement de rapports onusiens, car aucun recensement indépendant n’est possible sur le terrain. L’Équipe de surveillance de l’ONU (rapport S/2025/482, juillet 2025) estimait à près de treize mille le nombre total de combattants étrangers présents en Afghanistan. La ventilation par groupe fait apparaître les ordres de grandeur suivants.

Le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP) constitue le contingent le plus important, avec environ six mille combattants selon le rapport onusien de juillet 2025, chiffre confirmé par la cheffe par intérim de la MANUA devant le Conseil de sécurité. Ils opèrent ouvertement sur le sol afghan et bénéficient d’un soutien logistique et matériel des talibans.

L’État islamique province du Khorasan (EIIL-K) est évalué à environ deux mille combattants par le rapport de juillet 2025 et par le Congressional Research Service américain, bien qu’une estimation de décembre 2025 mentionne jusqu’à trois mille. L’écart reflète la difficulté à comptabiliser des cellules mobiles dispersées. Le groupe est décrit comme capable de remplacer rapidement ses pertes grâce au recrutement en ligne.

Al-Qaïda et son antenne régionale Al-Qaïda dans le sous-continent indien (AQIS) totalisent ensemble environ neuf cents combattants selon les mêmes sources onusiennes. Ce chiffre, modeste en apparence, sous-estime l’influence réelle du groupe : ses cadres sont profondément intégrés dans les structures talibanes et servent de formateurs et de conseillers pour plusieurs autres organisations.

Le Mouvement islamique d’Ouzbékistan (IMU), le Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM/TIP) et Jamaat Ansarullah du Tadjikistan comptent chacun environ trois cents combattants selon les estimations de l’ONU. Ces trois groupes à vocation centrasiatique se concentrent principalement dans la province du Badakhshan, au nord du pays. Le reste, soit environ deux mille cinq cents combattants, se répartit entre une vingtaine d’autres organisations de moindre envergure.

Ces chiffres doivent être lus avec précaution. Ils ne comptabilisent que les combattants étrangers et n’incluent pas les membres afghans des réseaux affiliés aux talibans. Ils ne tiennent pas compte non plus des quelque cinq cents commandants d’Al-Qaïda qui auraient intégré les rangs des talibans et du TTP, rendant la frontière entre les organisations poreuse et tout décompte partiellement artificiel.

04 · Capacités opérationnelles

Une montée en puissance documentée

Avant 2001, Al-Qaïda exploitait un petit nombre de camps d’entraînement en Afghanistan. Des preuves documentaires, notamment de l’ONU, indiquent qu’elle en opère désormais au moins une dizaine, et certaines estimations non confirmées évoquent entre trente et cent camps. Certains de ces sites seraient d’anciennes installations de la CIA et du Commandement des opérations spéciales conjointes américaines.

Les combattants ont accès à un stock considérable d’équipements militaires, évalué à plus de sept milliards de dollars, issus des transferts aux forces de sécurité afghanes avant le retrait occidental ou abandonnés sur place, dont 17 000 paires de dispositifs de vision nocturne et plus de 23 000 Humvees. Le rapport du Comité 1988 de l’ONU note que la prolifération de ces armes a accru la létalité des attaques du TTP, qui utilise désormais des fusils d’assaut de pointe, des appareils à imagerie thermique, des systèmes de sniper et des drones.

Sur le plan financier, l’Inspecteur général spécial pour la reconstruction de l’Afghanistan (SIGAR) a confirmé qu’au moins 2,9 milliards de dollars ont été acheminés en espèces aux talibans par le gouvernement américain, officiellement pour l’aide humanitaire mais distribués selon le bon vouloir des dirigeants. Les Nations Unies ont de leur côté transporté au moins 3,8 milliards de dollars en Afghanistan depuis 2022. Le gouvernement américain continue de transférer au moins 40 millions de dollars par semaine aux talibans, auxquels s’ajoutent 47 millions supplémentaires au titre des dispositions antiterroristes de l’Accord de Doha.

Outre ces flux, les talibans tirent des revenus du secteur minier afghan ainsi que de sources plus néfastes susceptibles d’alimenter les groupes terroristes avec lesquels ils sont alignés. Le recrutement en ligne amplifie de manière exponentielle le vivier de futurs combattants, qui n’auront peut-être pas besoin de rejoindre physiquement les camps d’entraînement.

05 · Sécurité interne

Infiltration de l’EI au sein des structures talibanes

Ahmad Zia Saraj a relevé, en décembre 2024, que la vague d’arrestations au sein des rangs talibans, commencée dans la province de Badghis au sein de la direction du renseignement et étendue au ministère de la Défense puis au ministère des Réfugiés, révèle une « infiltration profonde » d’agents de l’État islamique dans les structures civiles et sécuritaires du régime. L’assassinat de Khalil Rahman Haqqani, membre important du réseau Haqqani et ministre des Réfugiés, lors d’un attentat-suicide au sein même de son ministère à Kaboul, illustre l’incapacité des talibans à protéger leurs propres hauts responsables. Saraj y voit une remise en cause directe du discours taliban sur un « Afghanistan sécurisé ».

06 · Stratégie américaine

Entre Pakistan et talibans

La nouvelle stratégie antiterroriste américaine signée par Donald Trump place la lutte contre Al-Qaïda et l’EIIL-K en tête des priorités mondiales. Concernant l’Asie, elle affirme que « les États-Unis reconstruisent leurs relations avec leurs partenaires asiatiques pour faire face à la radicalisation ». Le Pakistan occupe la place centrale dans cette architecture, notamment depuis la livraison aux États-Unis de Mohammad Sharifullah, présenté par Trump comme le responsable présumé de l’attentat de l’aéroport de Kaboul en 2021, bien que la culpabilité de l’individu livré soit contestée par certains médias occidentaux.

Cette option pakistanaise comporte néanmoins des limites. Si la présence de l’EIIL-K sur le sol pakistanais, affirmée notamment par l’ex-envoyé américain Zalmay Khalilzad, venait à être confirmée, le partenariat américano-pakistanais s’en trouverait fragilisé. Par ailleurs, les États-Unis ont reconnu à plusieurs reprises la nécessité de maintenir un contact avec les talibans pour lutter contre l’État islamique : Marco Rubio a déclaré que Washington avait sollicité la coopération des talibans contre Daech et que cette demande n’avait pas été rejetée. Washington dispose donc de deux options, le Pakistan et les talibans, qui s’affrontent elles-mêmes sur la question du terrorisme, sans qu’il soit encore établi si les États-Unis privilégieront l’un, l’autre, ou tenteront de les associer.

07 · Relations régionales

Tensions Pakistan-Afghanistan : escalade et impasse diplomatique

Les tensions entre Islamabad et Kaboul se sont fortement dégradées en 2025-2026. Le Pakistan a intensifié ses opérations militaires transfrontalières, artillerie et frappes aériennes ciblant des zones de l’est de l’Afghanistan et des abords de Kaboul, qu’il décrit comme visant des « infrastructures terroristes ». Des organisations internationales ont signalé des victimes civiles lors de certaines de ces frappes.

En mai 2026, le conseiller politique pakistanais Rana Sanaullah a déclaré devant le Sénat que plus de 7 000 militants seraient entraînés en Afghanistan pour mener des attaques au Pakistan. Des discussions ont également eu lieu entre Islamabad et Canberra sur les menaces posées par les vingt groupes armés actifs en Afghanistan.

La Chine tente de jouer un rôle de médiateur dans le cadre du processus de dialogue d’Urumqi, en raison des risques que l’instabilité fait peser sur ses projets d’infrastructure régionaux. Des rounds de pourparlers ont eu lieu au Qatar, en Turquie, en Arabie saoudite et en Chine, sans qu’aucun accord durable n’ait été conclu. Des affrontements militaires sporadiques continuent le long de la frontière contestée.

Des frappes de drones ont visé plusieurs quartiers de la ville de Ghazni le 13 mai 2026. Des sources locales signalent que des membres du TTP auraient été logés dans des maisons résidentielles de la ville par les talibans, ce qui expliquerait en partie le ciblage de zones urbaines.

08 · Cadre onusien

Mandats renouvelés, préoccupations persistantes

Le Conseil de sécurité a reconduit, par la résolution 2816 de février 2026, le mandat de l’Équipe de surveillance des sanctions contre les talibans pour douze mois, en réaffirmant que le territoire afghan ne doit pas servir à soutenir le terrorisme ni à menacer la sécurité d’autres États. Le mandat de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) a quant à lui été prorogé en mars 2026 pour trois mois seulement, au lieu des douze habituels, afin de permettre une révision de sa portée. La cheffe par intérim de la MANUA, Georgette Gagnon, a rappelé devant le Conseil que « la menace potentielle du terrorisme venant d’Afghanistan reste une question critique qui préoccupe et unit la communauté internationale ».

09 · Renseignement

Déficit de renseignement et sous-estimation de la menace

Depuis 2021, les services de renseignement occidentaux souffrent d’un important vide de collecte humaine (HUMINT) en Afghanistan. Les sources se sont senties abandonnées après le retrait, limitant la coopération avec la CIA et le MI6. Une grande partie des renseignements disponibles repose désormais sur des sources ouvertes ou des partenaires de liaison régionaux. Les talibans entretiennent une relation avec les agences américaines, mais la véracité des informations qu’ils fournissent est « ouverte au débat », selon Saraj.

Les communautés de renseignement occidentales ont par ailleurs concentré leurs ressources sur d’autres priorités, Russie, Chine, compétition entre grandes puissances, Moyen-Orient, au détriment de la surveillance des groupes jihadistes transnationaux. Le directeur général du MI5, Ken McCallum, a déclaré qu’« Al-Qaïda et l’État islamique deviennent à nouveau plus ambitieux, profitant de l’instabilité à l’étranger pour prendre des pieds plus fermes ». La directrice américaine du renseignement national, Tulsi Gabbard, a affirmé que « le terrorisme islamiste continue de représenter la plus grande menace à court et à long terme pour le peuple américain ».

Selon Graham Aikin, chercheur au King’s College de Londres spécialisé sur ce dossier, « la menace croissante et puissante émanant de l’Afghanistan est grandement sous-estimée ». Un ancien ambassadeur britannique dans la région résume ainsi la situation : « Ce n’est pas l’Afghanistan de votre père. Leurs capacités sont infiniment plus grandes qu’avant le 11 septembre et nous les ignorons à nos risques et périls. »

10 · Audition au Congrès

Un haut responsable américain : l’Afghanistan reste un foyer principal de menaces terroristes

Lors d’une audition devant les législateurs américains le 25 avril 2026, le général Cooper, haut responsable militaire des États-Unis, a déclaré que l’Afghanistan demeurait « en première ligne des activités terroristes » surveillées par Washington. Selon lui, le pays reste au centre de l’attention des agences de sécurité américaines en ce qui concerne le suivi des activités des groupes paramilitaires, et des éléments complémentaires sur ce dossier devaient être communiqués lors de réunions confidentielles.

Cooper a précisé que les États-Unis s’efforcent, par la coopération avec des partenaires régionaux, de contenir et de réprimer les menaces potentielles provenant du territoire afghan, et que Washington ciblerait toute menace identifiée. Cette déclaration s’inscrit dans la continuité de la posture américaine depuis le retrait de 2021 : les activités des groupes paramilitaires présents en Afghanistan restent jugées préoccupantes par les responsables américains, même en l’absence de présence militaire sur le sol afghan.

11 · Contrepoint

Les chiffres russes : à manier avec précaution

Le 14 mai 2026, Sergueï Choïgou, secrétaire du Conseil de sécurité russe, a déclaré lors de la 21e réunion des secrétaires des conseils de sécurité de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) qu’entre 18 000 et 23 000 militants appartenant à plus de vingt groupes opéraient actuellement en Afghanistan, qualifiant la situation de « menace majeure pour la sécurité régionale ». Il a précisé que l’État islamique comptait à lui seul environ 3 000 membres en Afghanistan et avait mené 12 attaques terroristes majeures en 2025, faisant 40 militaires et 25 civils tués, et plus de 50 blessés. Choïgou a également signalé un afflux croissant de militants ouïghours, tadjiks et ouzbeks en provenance de Syrie vers l’Afghanistan, issus de groupes anciennement liés à Hayat Tahrir al-Sham.

Ces déclarations méritent d’être versées au dossier, mais sous toutes réserves. La Russie a des intérêts stratégiques évidents à majorer la menace terroriste émanant d’Afghanistan : elle cherche à légitimer son rôle de puissance organisatrice au sein de l’OCS, à maintenir une pression sur les régimes d’Asie centrale qui constituent son glacis traditionnel, et à contrebalancer l’influence occidentale dans la région. Les chiffres avancés par Moscou (18 000 à 23 000 combattants au total) excèdent sensiblement les estimations onusiennes (environ 13 000 combattants étrangers selon le rapport S/2025/482), sans que les sources et la méthodologie du Conseil de sécurité russe soient communicées ni vérifiables. Il n’est pas exclu que ces fourchettes intègrent des catégories plus larges que les seuls combattants actifs, ou qu’elles servent avant tout un récit politique.

Cela dit, la convergence partielle avec les données de l’ONU sur l’EIIL-K (Moscou cite 3 000 membres, l’ONU entre 2 000 et 3 000) suggère que les chiffres russes ne sont pas entièrement fabriqués. Ils constituent davantage un signal politique qu’un décompte fiable, et doivent être lus comme tels : un indicateur de l’inquiétude des puissances régionales face à la situation afghane, plutôt que comme une source de données indépendante.

Rapport — Terrorisme en Afghanistan · Mai 2026

Sources et références documentaires

8am Media La nouvelle stratégie antiterroriste américaine donne la priorité à Al-Qaïda et à l’EI-K Analyse · 14 mai 2026 8am.media/eng/us-strategy-al-qaeda-isis-k
KCSI — King’s College London « Not Your Father’s Afghanistan » : Is the West Taking Its Eye Off the Al-Qaeda Ball? Graham Aikin, doctorant, Département d’études de guerre kcsi.uk — analyse complète
AMU-TV L’ancien chef du renseignement afghan affirme que l’EI a infiltré profondément les talibans Déclarations d’Ahmad Zia Saraj, ancien directeur du NDS · 15 décembre 2024 amu.tv/144116
ONU Conseil de sécurité — Rapport S/2026/44 Équipe de surveillance — régime de sanctions 1267/1989/2253 (EIIL / Al-Qaïda) Sections Afghanistan : paragraphes 85 à 96, 121, 130 · 2026
ONU Conseil de sécurité — Rapport S/2025/482 Équipe de surveillance — Comité 1988 (sanctions Taliban) Effectifs des combattants étrangers en Afghanistan · juillet 2025
ONU Conseil de sécurité — Résolution 2816 (2026) Reconduction du mandat de l’Équipe de surveillance des sanctions Taliban 12 février 2026
ONU MANUA — Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan Déclaration de Georgette Gagnon devant le Conseil de sécurité — prorogation du mandat au 17 juin 2026 Mars 2026
Afghanistan International Taliban Permissive Toward Foreign Terrorists, Threatens Region, Say UN Experts Commentaire du rapport ONU S/2025/482 · août 2025 afintl.com/en/202508012521
Afghanistan International Nearly 23,000 Militants Operating In Afghanistan, Says Russian Security Chief Déclarations de Sergueï Choïgou, secrétaire du Conseil de sécurité russe, lors de la 21e réunion des secrétaires des CS de l’OCS · 14 mai 2026 afintl.com/en/202605142872
Khaama Press Pakistan says 7,000 militants training in Afghanistan as border tensions deepen Déclarations de Rana Sanaullah devant le Sénat pakistanais · 13 mai 2026 khaama.com
US CONGRESS Audition devant le Congrès américain Témoignage du général Cooper, haut responsable militaire des États-Unis L’Afghanistan demeure « en première ligne des activités terroristes » surveillées par Washington · 25 avril 2026
IISS — International Institute for Strategic Studies The Military Balance 2026 Effectifs des forces armées de l’Émirat islamique d’Afghanistan : ~150 000 · février 2026
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