Afghanistan : fabriquer la violence dès l’enfance

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La violence contre les enfants : le nouveau front d’un régime qui fabrique la brutalité

La scène a sidéré le monde : à Khost, devant près de 80 000 personnes, un garçon de 13 ans a été poussé par les Talibans à exécuter l’assassin de sa famille.
Trois détonations, un enfant transformé en instrument d’une justice vengeresse, une foule criant « Allahou akbar », et une société brisée qui regarde, tétanisée.

Cette exécution publique n’est pas un événement isolé : c’est la douzième depuis 2022. Mais c’est la première fois que les Talibans brisent aussi ouvertement l’un des tabous les plus universels : l’implication directe d’un enfant dans la mise à mort d’un être humain.

Comme l’a rappelé le rapporteur spécial de l’ONU Richard Bennett :

« Les exécutions publiques sont inhumaines, constituent un châtiment cruel et sont contraires au droit international. »

Cette fois, l’inhumanité a franchi une nouvelle étape.

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Des enfants transformés en spectateurs… puis en acteurs de la violence

À chaque exécution, des foules entières sont rassemblées, parfois amenées de force, y compris des enfants.
La présence des plus jeunes n’a rien d’un accident. Comme l’explique le spécialiste Malek Setiz :

« La banalisation de la violence blesse la société. Lorsque des enfants assistent à la mort d’un être humain, leur sensibilité à la violence s’émousse et le crime se normalise. »

Les Talibans le savent :
un enfant traumatisé est un enfant manipulable.

Les madrassas : l’usine industrielle de l’endoctrinement

Depuis leur retour au pouvoir, les Talibans ont lancé la plus vaste transformation éducative de l’histoire du pays.
Entre 2021 et 2025, ils ont créé ou converti des milliers de madrassas, parfois jusqu’à 3 à 10 par district, en remplaçant :

– les écoles publiques,
– les centres culturels,
– les bibliothèques,
– les écoles de filles.

L’objectif n’est pas l’éducation : c’est la fabrication d’une nouvelle génération idéologisée.

Dans ces madrassas, décrites par d’innombrables témoignages :

  • les enfants sont battus, humiliés, punis pour une leçon mal apprise ou un uniforme non conforme ;
  • ils sont contraints de mendier de la nourriture dans les villages ;
  • ils reçoivent une « éducation » qui se résume à la mémorisation du Coran, sans mathématiques, sans sciences, sans culture générale ;
  • ils sont isolés, coupés de leurs familles, privés d’affection et de repères ;
  • ils sont exposés à des abus sexuels, documentés par plusieurs rapports ;
  • certains sont envoyés dans des madrassas plus grandes, y compris au Pakistan, où la discipline devient encore plus violente.

Le jeune Aziz, interrogé par KabulNow, résume en quelques phrases le destin de ces enfants :

« Si nous échouions, ils nous battaient sans pitié. Nous étions forcés de mendier. J’aurais voulu devenir médecin… mais la madrassa a détruit mes chances. »

Le rapport 2023 du Secrétaire général des Nations Unies confirme que 257 enfants ont déjà été recrutés dans les rangs talibans, un chiffre certainement inférieur à la réalité.

Déshumaniser les enfants pour fabriquer des combattants

Ce système n’a rien d’accidentel.
Il répond à une stratégie claire :

1. Remplacer l’école par l’endoctrinement

En privant les enfants de toute éducation moderne, les Talibans brisent leur capacité critique.
Un enfant qui ne connaît que la religion instrumentalisée par un régime ne peut contester ce régime.

2. Détruire l’enfance pour fabriquer l’obéissance

La brutalité quotidienne – coups, humiliations, privations – n’est pas disciplinaire : elle est politique.
Un enfant terrorisé devient un adulte soumis.

3. Normaliser la violence comme mode de vie

Lorsque les mêmes enfants assistent à des exécutions publiques – pire, lorsqu’on leur remet une arme pour tuer – le passage de témoin est complet :
la violence ne choque plus, elle devient un devoir moral.

C’est ce que l’on pourrait appeler la “talibanisation” de l’enfance :
une entreprise de destruction psychologique visant à recruter, formater et armer une nouvelle génération pour le jihad.

Un danger pour l’Afghanistan… et bien au-delà

La multiplication des madrassas, l’endoctrinement massif, la militarisation d’enfants et l’exposition systématique à la violence créent une bombe générationnelle.

Les experts le disent clairement :

  • cette stratégie nourrira l’extrémisme pendant plusieurs décennies ;
  • elle renforcera les groupes armés, y compris à l’international ;
  • elle transformera l’Afghanistan en un incubateur de futurs combattants, déjà prêts à exporter la violence au Pakistan, en Iran, en Asie centrale et ailleurs.

C’est ce que résume un ancien responsable de la République afghane :

« Les Talibans ne gouvernent pas l’Afghanistan. Ils préparent la prochaine génération de Talibans. »

Un pays où l’enfance disparaît

Entre les exécutions publiques, les madrassas disciplinaires, l’interdiction d’école pour les filles, la mobilisation forcée, les abus, les humiliations et l’endoctrinement, l’Afghanistan est devenu un pays où l’enfance n’existe plus.

Les Talibans n’administrent pas une société :
ils la refaçonnent pour qu’elle ne puisse jamais leur résister.

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