5 ans de talibans vus par une adolescente en Afghanistan

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5 ans de talibans vus par une adolescente en Afghanistan

Carol Mann

La résistance des filles afghanes

Je m’appelle Sama. Je suis une jeune fille de seize ans née dans une famille profondément sexiste et discriminatoire. Mon père avait honte de dire qu’il avait des filles.

Je voulais étudier car je savais que la seule sortie d’un tel enfer passait par l’éducation. Je voulais leur prouver que je n’étais pas une source de honte. Je suis un être humain moi aussi, tout comme les hommes. J’ai des rêves, des sentiments, des espoirs et le droit de décider de ce qu’il adviendra de ma propre vie.

 À partir de l’âge de onze ans, je n’ai plus pu enfiler mon uniforme scolaire et franchir joyeusement les portes de l’école. Pour beaucoup de personnes en dehors de l’Afghanistan, le fait de ne pas pouvoir aller à l’école pourrait paraître insignifiant. Mais il faut comprendre que 2,2 millions de filles ont été privées d’un droit humain fondamental : le droit à l’éducation. Et ce chiffre ne cesse d’augmenter chaque année.

Après le 15 août, l’Afghanistan a cessé de respirer, car ses filles et ses femmes – le cœur battant du pays – ne pouvaient plus vivre leur vie.

Mes rêves ont été ensevelis sous la colère des hommes. D’autres prennent des décisions concernant ma vie et mes droits comme si j’étais un mannequin sans vie, dépourvu de voix propre. Ils nous traitent d’une manière qui vous rend dégoûtée de votre propre sexe et honteuse de votre propre corps.

Qui répondra à la question de savoir pourquoi une fillette de onze ans a-t-elle dû enterrer ses rêves à cause d’une politique dont elle ne comprenait rien ? Qui répondra de la vie et du temps qui m’ont été volés ?

Je pleure sous le nuage noir qui pèse sur ma vie. La vie que j’aurais pu avoir me manque, et mon cœur est d’un poids insupportable à cause de ce sexisme profondément enraciné qui a détruit à la fois mon esprit et mon corps. J’ai l’impression de ne plus pouvoir respirer

Que puis-je censée espérer alors que tout ce que j’avais m’a déjà été enlevé ? Qui est responsable de cette petite fille qui ne peut plus vivre ?Toutes ces petites filles…

 Ici, frapper une femme est considéré comme normal. Les mariages d’enfants ont toujours lieu. Ils ont coupé le pouls de ce pays. Les femmes sont la vie même, et maintenant, ils leur ont enlevé cette vie.

Un chat qui se promène dans la rue peut peut-être se déplacer librement, contrairement aux les filles afghanes enfermées.

Un jour, quand j’avais quatorze ans, je suis sortie durant le Ramadan en hijab noir intégral. J’étais entièrement couverte, mais je ne portais pas de masque. Des talibans m’ont interpellée et m’ont demandé pourquoi je ne portais pas de masque. Même si j’étais entièrement couverte, ils m’ont dit que si des hommes voyaient mon visage, cela pourrait les inciter à rompre leur jeûne, et que je devais donc me cacher le visage.

Imaginez un peu dire une chose pareille à une enfant de quatorze ans.

Imaginez faire en sorte que cette jeune fille éprouve du dégoût pour sa propre existence. Imaginez dire à une jeune fille de quatorze ans qu’elle doit cacher son visage pour que des hommes d’une trentaine ou d’une quarantaine d’années puissent se contrôler.

Je me demande encore : où est-ce que c’est écrit dans la religion ?

J’ai essayé de lire et de trouver une réponse par moi-même, mais je n’ai rien trouvé qui justifie ce qu’on nous faisait subir.

Ils nous traitent comme bon leur semble.

Nous sommes en train de mourir, et ils nous observent avec délectation.

Ils nous ont enlevé notre souffle, réduit nos voix au silence et anéanti notre esprit. Ils ont tenu des propos et commis des actes qui nous ont si profondément blessées que nous avons l’impression de ne plus jamais pouvoir vivre librement.

Ils ne se sont pas contentés de nous priver de notre éducation, de notre liberté et de nos rêves. Ils nous ont arraché des pans entiers de notre être.

Sama 16 ans.

et si vous avez envie d’aider Sama et ses amies, Femaid vous attend 

Carol Mann Ph.D.
UMR 8238 LEGS (Laboratoire d’études de genre et de sexualité), Université Paris 8

Présidente de FemAid

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