Un pas de plus vers l’impensable : la reconnaissance iranienne des talibans devient un calendrier

Un pas de plus vers l’impensable : la reconnaissance iranienne des talibans devient un calendrier

En 48 heures, Iran ne laisse plus seulement filtrer une “option diplomatique” : il met sur la table un horizon de reconnaissance, assumé et répété, au sujet des Talibans qui contrôlent Afghanistan. Et quand un État commence à parler de reconnaissance comme d’une simple formalité — “au moment opportun”, “bientôt”, “pas d’obstacle” — il ne teste plus l’idée : il prépare l’acte.
Ce dossier est important parce qu’il repose sur des déclarations attribuées à Alireza Bigdeli, chef de mission iranien à Kaboul, et qu’elles sont rapportées publiquement après une interview donnée à TOLOnews. Autrement dit : ce n’est pas une rumeur de couloir, c’est une séquence de communication.
Le mot qui change tout, c’est “reconnaître”. Parce que la région pratique déjà la relation de fait : commerce, canaux diplomatiques, arrangements de frontière, gestion de réfugiés. Mais la reconnaissance, elle, est une bascule de statut. Elle donne au régime taliban ce qu’il cherche depuis 2021 : une légitimité internationale qu’il n’a pas gagnée par des élections, mais qu’il tenterait d’obtenir par “normalisation”.
Et cette normalisation a une valeur politique immédiate : elle devient un argument de propagande (“vous voyez, on nous reconnaît”), une protection symbolique (“nous sommes un gouvernement comme les autres”), et une pression sur les autres capitales : “si Téhéran franchit la ligne, pourquoi pas vous ?” Elle affaiblit aussi, mécaniquement, le levier le plus simple dont disposaient encore les États : refuser la reconnaissance tant que les droits fondamentaux — d’abord ceux des femmes — restent piétinés.
Pourquoi maintenant ? Les textes donnent un faisceau de raisons : l’obsession de l’“ingérence étrangère” et, en creux, l’anti-américanisme ; la stabilisation des dossiers de frontière et d’eau ; l’expansion des échanges ; et la volonté d’afficher une relation “au plus près” d’un voisin que Téhéran estime stratégique. Quand Afghanistan International rapporte “pas d’obstacle” et “bientôt”, ce n’est pas neutre : c’est le langage d’une décision présentée comme rationnelle, presque administrative.
On pourrait objecter : “les mots ne font pas les actes”. Sauf qu’ici, les mots sont déjà une partie de l’acte. La reconnaissance, en diplomatie, commence souvent par l’habituation : on répète, on banalise, on met en récit (“relations fraternelles”), on transforme une rupture morale en étape technique. Et quand le discours insiste sur le fait que “les effets et conséquences” de la reconnaissance ont été “assumés”, on lit entre les lignes : les objections ont été évaluées — et jugées acceptables.
Il faut aussi regarder le contexte : depuis que Massoud Pezeshkian est au pouvoir, certains sujets (gouvernement inclusif, droits des minorités) apparaissent moins saillants dans la communication publique évoquée par la presse afghane, au profit d’un narratif de realpolitik régionale. Cela ne crée pas la décision, mais ça l’aide : moins de conditions, plus de “pragmatisme”, et la reconnaissance devient une variable d’ajustement dans une relation bilatérale.
Le précédent existe : Russie a officiellement reconnu le gouvernement taliban en juillet 2025, ce qui a déjà ouvert une brèche dans le tabou. L’Iran, lui, semble vouloir montrer qu’il peut être le “deuxième” à franchir la ligne — et, au passage, accroître son influence sur Kaboul en monnayant une reconnaissance contre des gains sécuritaires, économiques ou symboliques.
Ce qu’il faut surveiller maintenant est simple, et très concret : une déclaration officielle du ministère iranien des Affaires étrangères, un changement de statut/présence diplomatique (au-delà du “chef de mission”), et des gestes protocolaires qui ne trompent pas (accréditations, messages d’État à État). Tant que ces marqueurs n’apparaissent pas, on est au stade du signal. Mais un signal aussi explicite, répété sur plusieurs supports, est déjà un tournant : il prépare les opinions, et il prévient les alliés comme les adversaires.
La question de fond n’est pas “l’Iran en a-t-il le droit ?” Évidemment. La question est : que signifie, pour la région et pour l’idée même de responsabilité internationale, de légitimer un régime qui a fait de l’exclusion des femmes un système ? Quand la reconnaissance devient un calendrier, c’est la morale qui devient négociable — et c’est exactement ce que les talibans attendent.

Sources — citations presse exactes (10–11 février 2026)
  • Etilaat Roz — 11 février 2026Article
    Citation (original)
    « این کشور در وقت مناسب، حکومت طالبان در افغانستان را به‌رسمیت خواهد شناخت. »
    Citation (original)
    « خیلی طول نخواهد کشید که ایران حکومت طالبان در افغانستان را به‌رسمیت بشناسد. »
    Citation (original)
    « روابط ایران و افغانستان تحت کنترل طالبان را «خویشاوندانه» و «برادرانه» توصیف کرد. »
  • Afghanistan International — 10 février 2026Article
    Citation (original)
    « مانعی برای به‌ رسمیت شناختن اداره طالبان وجود ندارد. »
    Citation (original)
    « گفت‌وگوها جریان دارد و تهران به زودی اداره طالبان را به‌‌ رسمیت خواهد شناخت. »
  • Iran International — 10 février 2026Vidéo / texte
    Citation (original)
    « هیچ دلیلی برای به‌رسمیت نشناختن امارت اسلامی وجود ندارد. »
    Citation (original)
    « جمهوری اسلامی حکومت طالبان را به زودی به‌رسمیت می‌شناسد. »
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