
Rahima Rahimi
L’espoir, plus sacré que la vie.
امید، مقدس تر از زنده گیست
Quelqu’un m’a demandé si, malgré tous ces récits difficiles, des souvenirs douleureux et l’absence de vision claire pour l’avenir, j’avais encore l’espoir que tout aille bien une jour et que la vie reprenne son cours. Ma réponse est : Oui.
Je me souviens d’une année d’exode (1981 où 1982) à Paryan, dans le haut Panjshir. Je ne sais plus exactement de quelle offensive soviétique il s’agissait. La guerre faisait rage et les commandos soviétiques approchaient de Paryan. On nous a demandé de quitter le village car nous risquions de tomber entre les mains de l’ennemi. C’était le cœur de l’hiver. Nous n’avions pas d’autre choix que de nous réfugier dans les hautes vallées et les montagnes.
Toute la famille, une dizaine de personnes, s’est mise en route vers une vallée dont on apercevait au loin les sommets enneigés. Vers le célèbre Mont Mir Samir !
Ceux qui connaissent ces montagnes savent de quoi je parle. Mûr Samir c’est le haut sommet du Panjshir qui se situe entre Paryan et Nouristan. Il fait environ 5810m d’altitude.
Nous sommes partis à cheval. Ce fut une journée d’une difficulté extrême.
Arrivés au pied du mont Mir Samir, l’air glacial et ces sommets blancs vertigineux étaient terrifiants. Il faut une volonté de fer pour tenir au milieu de ces cimes. Dans de tels endroits, il faut soit être conscient et déterminé, soit être totalement ignorant. À l’époque, j’étais une enfant, et je prenais tout cela pour un jeu.
Vers le soir, nous avons atteint une petite auberge des bergers. Il y avait un vieux four abandonné avec quelques morceaux de bois et du fumier pour faire du feu. Il faisait un froid atroce, et nous n’avions rien à manger. Notre seule joie était ce bois pour passer la nuit au chaud. Nous nous sommes endormis dans cet endroit étroit et pierreux, sans matelas ni oreiller, espérant que le matin apporterait une solution.
Le matin que nous espérions est arrivé. Je me souviens de cette aube lumineuse et ensoleillée. Derrière l’auberge fait de pierres superposés, le mont Mir Samir se dressait vers le ciel, et le soleil surgissait de derrière sa cime. Tout autour, les montagnes étaient couvertes de neige et l’on entendait le chant mélodieux des perdrix.
Aujourd’hui adulte, je comprends les inquiétudes des plus grands à l’époque, mais alors, je profitais de tout : de la cueillette des herbes de montagne jusqu’aux avalanches, tout était un spectacle pour moi.
Dans ces jours sombres, cette herbe sauvage qui poussait entre les pierres était notre espoir de survie. La lumière du soleil était notre espoir de chaleur. Le chant des perdrix nous rappelait que la vie était encore là. Ces sommets étaient notre refuge. Cette neige blanche nous disait que tout n’était pas encore devenu noir.
L’homme peut trouver l’espoir dans les plus petits signes s’il décide de vivre.
Qu’est-ce que l’espoir ?
C’est ce qui vient vous chercher quand vous voulez tout abandonner. C’est ce sourire qui vous empêche de couler dans vos ténèbres les plus profondes. C’est l’étincelle qui vous tire des trous noirs. C’est ce moment où, au bord du précipice, vous vous retrouvez soudainement dans les bras de Dieu. C’est la lumière qui apparaît après la nuit la plus sombre.
L’espoir est plus sacré que la vie.
امید، مقدس تر از زنده گیست
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Rahima Rahimi est la veuve du Général Zara Qui a perdu la vie pendant la chute du Panjshir aux mains des Taliban
چراغ ظلم طالب تا شب محشر نمی سوزد
اگر سوزد شبی سوزد شب دیگر نمی سوزد
La lampe de la tyrannie Taliban ne brûlera pas jusqu’au jour du jugement
Si elle brûle, ce sera quelques nuit, finira par s’éteindra la nuit suivante