
La Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA) a publié sa mise à jour trimestrielle sur les droits humains. Elle couvre la période du 1er juillet au 30 septembre 2026. Voici l’essentiel.
Les femmes
- Cinq ans après la fermeture des écoles aux filles au delà de la sixième, rien n’a changé. Le 25 août, Zabihullah Mujahid a dit qu’il fallait d’abord un accord de tous les oulémas.
- Plus de 50 cas d’arrestations, de détentions ou d’avertissements liés au hijab ont été documentés, surtout à Herat, où le tchador reste exigé, et à Kaboul.
- Une fille de 13 ans a été détenue une nuit. Dix femmes ont été arrêtées le 10 juillet au bazar Juma de Herat. Un père a été détenu parce que sa fille de 12 ans n’avait pas de burqa.
- Le 27 septembre, le porte parole du ministère de la Vertu, Saif ul Islam Khaibar, a déclaré que ne pas porter le hijab est un crime très grave. Il a ajouté à la Deutsche Welle qu’une femme arrêtée pour ce motif est une criminelle.
- Des femmes ont été empêchées d’entrer dans un centre de santé (Parwan, 8 août) et dans un marché (Helmand, 17 août) faute de mahram.
- Le sermon officiel du 7 août et le « Programme du prédicateur » du ministère de la Justice (16 août) demandent aux épouses d’obéir, de rester à la maison et de servir leur mari.
- Sur le travail, Mujahid a dit à la BBC que travailler dans un bureau n’est pas un droit de la femme, sauf là où la charia le juge nécessaire.
- Le 7 septembre, cela faisait un an que les Afghanes n’ont plus accès aux locaux de l’ONU, y compris le personnel national.
Les frappes pakistanaises
- Depuis le 1er octobre 2025, 512 civils ont été tués et 1 236 blessés dans des incidents transfrontaliers.
- Sur la période, 33 civils ont été touchés : 13 tués et 20 blessés.
- Le 21 septembre, une frappe sur une maison de Kunar a tué trois civils.
- Dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre, une frappe à Kunar a tué six civils (trois filles, deux garçons, un homme). Une autre à Helmand a tué au moins quatre civils et en a blessé 12.
- Quatre civils, dont trois mineurs, ont été blessés par des engins explosifs posés le long de la frontière, à Kunar.
Anciens responsables et anciens soldats
- Au moins 14 arrestations ou détentions arbitraires et 4 meurtres d’anciens membres des forces de sécurité ont été documentés, malgré l’amnistie générale de 2021.
- Un homme revenu d’Iran a été tué au Paktika trois semaines après son retour. Un ancien membre de la Force de protection de Khost, revenu des États Unis, a été tué dix jours après son retour alors qu’il pique niquait en famille.
- Le 28 juillet, un ancien policier critique du pouvoir a été arrêté à l’aéroport de Kaboul par le GDI en revenant de l’étranger.
Châtiments corporels
- La Cour suprême ne les annonce plus en ligne depuis le 22 avril.
- L’ONU a pourtant documenté des flagellations contre 28 personnes, dont 6 femmes.
- Le 4 août, à Ghazni, quatre hommes et une femme ont reçu entre 36 et 39 coups de fouet. Les photos et les vidéos étaient interdites.
Le Badakhshan
- La campagne contre le pavot se poursuit.
- Le 1er août à Yaftal, les forces spéciales ont voulu fouiller la mère d’un suspect en fuite. Les habitants ont protesté et les forces ont ouvert le feu : deux hommes tués, neuf blessés dont une femme.
- Deux membres des forces spéciales auraient ensuite été abattus par des inconnus.
Les médias
- Le 2 août, les médias ont reçu l’ordre de couvrir l’anniversaire du 15 août 2021 et de préparer des programmes sur les « injustices et atrocités » de la République.
- Radio Eslah a été suspendue le 27 juillet à cause de son nom. Lapis Media Centre l’a été le 26 août, Rah e Farda TV le 6 septembre. Tamadon TV, suspendue depuis le 23 juin, émet désormais en ligne depuis l’étranger.
- Il n’existe aucune procédure d’appel.
- Un journaliste a été arrêté au Badakhshan le 5 août et libéré le lendemain. Un autre, arrêté le 24 juillet 2025, est toujours détenu sans condamnation.
Les institutions chiites
- Le 5 septembre, 28 employés de l’université Khatam Al Nabiyyin ont été arrêtés à Kaboul. Ils ont été libérés entre le 5 et le 9. La licence de l’université, et celle de sa branche de Ghazni, a été retirée le 16 septembre.
- Au moins six autres personnes ont été détenues pour avoir critiqué cette décision, de quelques heures à sept jours.
- Le 19 septembre, la madrasa Al Anbiya a été fermée et ses étudiants expulsés. Six employés ont été détenus puis libérés.
- Le 27 septembre, sept lieux ont été fermés dans l’ouest de Kaboul : une clinique, deux établissements d’enseignement, un club de sport, deux madrasas et une mosquée.
- Le motif rapporté est l’occupation de terrains que les autorités disent leur appartenir.
La police de la vertu
- Au moins 443 arrestations arbitraires et 97 cas de mauvais traitements ont été documentés. Ils concernent le hijab, les barbes taillées, les coupes de cheveux « occidentales », l’absence à la prière à la mosquée et la musique.
- La loi prévoit trois jours de détention au maximum. Deux barbiers ont pourtant été détenus un mois au Paktika (17 août).
- Le 21 août, une centaine de boutiques ont été fermées à Nangarhar parce que leurs propriétaires n’étaient pas allés à la prière collective.
La nouvelle loi sur la police
Publiée le 22 août (Gazette officielle n° 1496), elle contient plusieurs points préoccupants :
- Article 2 : un crime est toute violation d’un ordre ou d’une interdiction de la direction talibane en matière de sécurité et d’ordre public.
- Article 14 : il est interdit de battre ou de torturer un détenu « sans ordre d’un tribunal compétent ». Avec un tel ordre, c’est donc possible.
- Article 41 : les agents peuvent « corriger » un accusé par des paroles dures, en le forçant à se repentir ou en le menaçant de la peine capitale.
- Articles 37 à 39 : l’usage de la force, y compris armes et explosifs, est autorisé « si nécessaire ».
- Article 50 : toute manifestation est interdite. Le 2 septembre, le porte parole des autorités a dit que les manifestations n’ont pas leur place dans un système islamique.
Prisonniers et justice
- Le 27 août, pour les cinq ans de la prise du pouvoir, 4 249 prisonniers ont été libérés et 4 050 peines ont été réduites. En cinq ans, 16 468 personnes ont été amnistiées et 11 159 peines réduites.
- Le 20 juillet, le ministre de la Justice a demandé d’accélérer l’écriture des lois, sur la base de la charia. La révision des lois de la République n’a toujours pas donné lieu à une communication.
- Le 29 septembre, le statut du Conseil des oulémas a été publié (Gazette n° 1500). Ces conseils peuvent surveiller les institutions et suivre les plaintes contre les tribunaux.
- La Cour suprême a publié 25 annonces sur la médiation dans 31 affaires d’homicide, dans 12 provinces, dont certaines pouvant relever du qisas.
Ce qu’il faut retenir
- Le contrôle ne vise plus seulement les femmes. Les hommes (barbe, prière, musique) et les chiites sont de plus en plus touchés.
- La loi sur la police donne un cadre juridique à des pratiques déjà constatées : un crime défini par la volonté du chef, la torture permise avec un ordre judiciaire, les manifestations interdites.
- Les libérations du 27 août sont à lire à côté des 443 arrestations arbitraires de la même période.
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Source : MANUA, Update on the human rights situation in Afghanistan: July to September 2026.
La Lettre d’Afghanistan
SOURCES
MANUA (UNAMA), Service des droits de l’homme
Update on the human rights situation in Afghanistan: July to September 2026
Rapport trimestriel, période du 1er juillet au 30 septembre 2026
MANUA (UNAMA)
UNAMA expresses Concern over De Facto Authority Arrests of Afghan Women and Girls
Communiqué, 8 octobre 2026
MANUA (UNAMA)
Enforcement of the hijab requirement in Herat city
Annexe, 28 juillet 2026
MANUA (UNAMA), Service des droits de l’homme
Update on the human rights situation in Afghanistan: April to June 2026
Rapport trimestriel, 28 juillet 2026
Deutsche Welle
Taliban: Women who do not wear hijab are « criminals »
Entretien avec le porte parole du ministère de la Vertu, 27 septembre 2026
Amu TV
Entretien avec Saif ul Islam Khaibar, porte parole du ministère de la Vertu
27 septembre 2026