Les Afghanes qui construisent la paix sous l’oppression

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d’après le rapport du  Georgetown Institute for Women, Peace and Security (GIWPS) in partnership with the Organization for Policy Research and Development Studies (DROPS).
https://giwps.georgetown.edu/resource/afghan-women-pursuing-peace-under-oppression/


Les Afghanes qui construisent la paix sous l’oppression

Conclusions d’une enquête sur les expériences et les besoins des artisanes de la paix en Afghanistan. Auteure : Syeda Haleema Hasan, GIWPS en partenariat avec DROPS, septembre 2026.

Résumé exécutif

Cinq ans après le retour des talibans, le régime a pris plus de 160 décrets contre les femmes. Ils limitent leur accès à l’éducation, à l’emploi et à la santé, ainsi que leur liberté d’expression et de circulation. De nombreux spécialistes parlent d’apartheid de genre. L’Afghanistan reste dernier sur 181 pays à l’indice Femmes, paix et sécurité. Le rapport s’appuie sur une enquête numérique de 32 questions menée auprès de 461 Afghanes. Elle fait partie d’une enquête mondiale (2 744 femmes dans 121 pays) et a été diffusée par le réseau de DROPS, présent dans 32 provinces.

Qui sont les interviewées ?

Elles ont 27 ans en moyenne, soit 6 ans de moins que les femmes d’Asie du Sud et 17 ans de moins que celles du reste du monde. 55 % vivent en ville. Le format numérique a pu favoriser les plus jeunes, et beaucoup de militantes plus âgées ont quitté le pays. L’échantillon est plus divers que la moyenne mondiale : 34 % se disent d’une minorité ethnique, 33 % d’une minorité religieuse, 13 % d’une minorité de genre, 10 % d’une minorité sexuelle et 6 % en situation de handicap. 68 % des femmes déplacées ont fui à l’étranger, contre 24 % en Asie du Sud.

59 % travaillent avec des organisations internationales, deux fois plus que dans le monde, et 53 % avec la société civile. Leurs domaines d’action sont l’éducation des filles (81 %), l’autonomisation économique (64 %), la santé (64 %) et les services contre les violences basées sur le genre (61 %). 80 % travaillent dans plusieurs domaines à la fois. 65 % se décrivent comme militantes, 37 % comme défenseuses des droits humains et 28 % comme artisanes de la paix.

Effets du travail sur les femmes

Les bénéfices les plus cités sont l’impact positif sur la communauté (52 %), le bien-être mental (41 %) et le sentiment d’utilité (41 %). L’accès aux ressources (20 %) et la reconnaissance sociale (28 %) arrivent en dernier. Côté risques, la fatigue (41 %) et la perte d’opportunités économiques (39 %) dominent. L’emprisonnement (7 %) et l’expulsion (10 %) sont les moins cités. Les Afghanes déclarent moins de bénéfices et plus de conséquences négatives que les femmes de la région et du monde.

Le gel de l’aide américaine en 2025 les a durement touchées : épuisement (47 %), perte de services (43 %) et licenciements dans leur organisation (42 %). Seules 6 % disent ne pas avoir été affectées. 38 % ont arrêté leur travail à cause des conséquences, contre 40 % en Asie du Sud et 18 % dans le monde. Seules 57 % se sentent très ou extrêmement valorisées par leur organisation, contre 73 % dans le monde et 89 % en Asie du Sud.

Où le changement se produit

Le foyer reste le lieu où elles pensent avoir le plus d’influence (49 %), devant le travail (38 %), l’école ou l’université (36 %), la communauté (31 %), la communauté religieuse (25 %) et les réseaux sociaux (25 %). Face aux gouvernements local et national, 27 % et 22 % disent n’avoir aucune capacité d’agir. Les ONG, les écoles, les centres de santé, les madrasas et les réseaux en ligne restent des espaces limités mais utiles.

Besoins et services

Leurs trois plus grands défis sont l’éducation (56 %), la pauvreté (37 %) et la violence (29 %). Parmi 16 facteurs favorables au changement, elles choisissent d’abord l’éducation et la formation (52 %), les protections juridiques (40 %) et l’accès à l’économie (32 %). Les coalitions intersectorielles (4 %), le soutien institutionnel (4 %) et les politiques de sécurité tenant compte du genre (6 %) sont très peu cités.

Auprès de la communauté internationale, elles demandent surtout un soutien juridique (33 %), du renforcement de capacités (32 %) et des financements à long terme (30 %). Les formes de collaboration jugées les plus efficaces sont le dialogue régulier (53 %), un meilleur accès des organisations locales aux fonds (52 %) et la conception conjointe des programmes (50 %).

Les services sont jugés de façon mitigée. Les programmes d’éducation (28 %), la santé générale (25 %) et la santé des femmes (24 %) sont le plus souvent jugés très efficaces. La prévention des violences basées sur le genre (25 %), les initiatives juridiques (24 %) et la transformation sociale (24 %) sont le plus souvent jugées très inefficaces. 11 % disent que les programmes d’éducation leur sont totalement inaccessibles, contre 0,6 % en Asie du Sud et 3 % dans le monde. Les avis sont très partagés, et le rapport relie cela aux différences de situation selon la province, la ville ou le quartier.

Recommandations

Aux gouvernements et bailleurs : ne pas normaliser le régime, demander la reconnaissance de l’apartheid de genre comme crime international, rétablir les financements et les verser directement aux organisations dirigées par des Afghanes.

Aux organisations internationales : financer des programmes pluriannuels conçus avec la société civile afghane, soutenir l’éducation à l’intérieur et à l’extérieur du pays, et surveiller toute tentative des talibans de détourner l’aide.

À la société civile afghane : documenter les besoins, former des coalitions et renforcer les liens avec la diaspora.

À l’ONU : créer un mécanisme où les Afghanes co-dirigent les discussions, organiser des dialogues réguliers avec les bailleurs et les ONG, et soutenir la collecte de données détaillées.

Conclusion

Les Afghanes ne sont pas des victimes passives. Elles agissent à leurs risques, mais la résilience ne remplace pas les moyens. Le rapport appelle à financer les organisations locales avec souplesse, à porter leur plaidoyer sur la scène mondiale et à concevoir les programmes avec elles.

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