Pollution en Afghanistan

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Voici une synthèse éditoriale basée sur le rapport de Mohammad Assem Mayar (février 2026) pour l’Afghanistan Analysts Network (AAN).

téléchargeable ici en anglais


L’étouffement de l’Afghanistan : Une crise environnementale multidimensionnelle sous une gouvernance défaillante

Alors que l’Afghanistan fait face à des défis politiques et humanitaires majeurs, une crise silencieuse et mortelle s’enracine dans le quotidien de millions de citoyens : la dégradation généralisée de l’environnement. Le récent rapport de Mohammad Assem Mayar brosse le portrait d’un pays où la pollution de l’air, de l’eau, des sols et les nuisances sonores s’accumulent pour former un fardeau sanitaire et économique insoutenable.

Un air saturé : Au-delà du smog de Kaboul

Si les hivers de Kaboul sont tristement célèbres pour leur brouillard toxique dû au chauffage au charbon, au bois et au plastique, le rapport révèle une réalité plus alarmante : les zones les plus polluées se situent en périphérie.

  • Le sud-ouest (Nimruz, Farah) subit des tempêtes de poussière intensifiées par le changement climatique, prolongeant les vents de « 120 jours » à plus de 160 jours.
  • Le nord et l’est sont victimes de pollutions transfrontalières venant du Turkménistan, d’Ouzbékistan (poussières de la mer d’Aral) et du Pakistan. Le changement climatique aggrave la situation en réduisant les précipitations qui, autrefois, nettoyaient naturellement l’atmosphère.

L’eau : Entre contamination fécale et héritage de guerre

L’eau potable est devenue un luxe rare dans les centres urbains.

  • Pollution domestique : À Kaboul, jusqu’à 80 % des eaux souterraines sont contaminées par les nitrates et les bactéries fécales en raison de l’absence de système d’égouts et de l’usage généralisé de fosses septiques non étanches.
  • Impact écologique : Le fleuve Kaboul rejette des eaux non traitées jusqu’au réservoir de Naghlu, provoquant des proliférations d’algues toxiques visibles par satellite.
  • Héritage des conflits : Le rapport souligne également les préoccupations liées aux résidus chimiques et explosifs (comme le RDX) et aux substances PFAS laissés par des décennies de présence militaire étrangère, empoisonnant durablement les sols.

Déchets et bruit : Le visage de l’anarchie urbaine

Avec une croissance démographique galopante (43,8 millions d’habitants en 2025), les infrastructures municipales sont totalement dépassées.

  • Déchets solides : Kaboul génère plus de 3 000 tonnes de déchets par jour, finissant souvent dans des décharges à ciel ouvert ou bloquant les canaux de drainage.
  • Pollution sonore : Une nuisance souvent ignorée mais omniprésente, allant des haut-parleurs des vendeurs de rue au bourdonnement incessant des générateurs diesel lors des coupures de courant.

Une gouvernance en suspens

Le rapport critique l’échec systémique des institutions. Si des cadres législatifs ont été créés sous la République (Loi sur l’environnement de 2007), leur mise en œuvre reste sporadique. L’administration actuelle a certes imposé l’installation de filtres sur certains immeubles à Kaboul, mais elle encourage parallèlement l’usage du charbon domestique à bas prix, créant des politiques contradictoires.

Voies de sortie : Un besoin de solutions intégrées

Mohammad Assem Mayar plaide pour une approche pragmatique :

  1. Amélioration de l’efficacité énergétique : Promouvoir l’isolation thermique et les poêles à haut rendement pour réduire la combustion de combustibles solides.
  2. Gestion décentralisée : Relancer les plans directeurs d’assainissement (comme les plans Sasaki) via des systèmes de traitement à l’échelle des quartiers.
  3. Coopération régionale : L’Afghanistan ne peut résoudre seul les problèmes de poussières et de pollution de l’air sans un dialogue avec ses voisins et un accès aux financements climatiques internationaux.

Conclusion

La crise environnementale n’est plus une préoccupation secondaire ; elle est un frein direct à la stabilité et au développement du pays. Sans une action coordonnée et un investissement prévisible, la dégradation de la santé publique continuera d’éroder la résilience d’une population déjà durement éprouvée.

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